Temps de lecture estimé : 9 minutes

Comme (presque) chaque semaine, l’État-major des Armées fait le point sur ses différentes opérations à travers la planète. Voici donc le point sur les opérations françaises entre le 13 et le 19 septembre 2019.

OURAGAN DORIAN

LES FORCES ARMEES AUX ANTILLES VIENNENT EN AIDE AUX BAHAMAS

À la demande du gouvernement des Bahamas, qui a fait appel au mécanisme de protection civile de l’Union Européenne, une cinquantaine de soldats français des forces armées aux Antilles sont intervenus sur l’île de Great Abaco, aux Bahamas, en collaboration avec les forces armées néerlandaises et allemandes.

Ce détachement du 33ème régiment d’infanterie de Marine, composé d’un élément de commandement et d’une unité du génie appartenant au 17ème Régiment du Génie Parachutiste, en mission de courte durée au sein des forces armées aux Antilles, avaient rejoint le bâtiment amphibie néerlandais le « Johan De Witt » depuis St Martin.

Les conditions météorologiques générées par l’ouragan « Humberto » ont rendu difficile la manœuvre amphibie, et ont contraint les troupes françaises à intervenir en deux fois.

Un premier élément de soldats français des forces armées aux Antilles a débarqué le 13 septembre 2019. Il a immédiatement été engagé dans les opérations de secours aux populations, et a effectué une première reconnaissance des lieux.

Le détachement français a été employé le 14 septembre à la remise en état de l’école primaire Centre Grand Abaco Primary, mission consistant essentiellement au déblaiement et à la mise à l’abri de matériels réutilisables. Une distribution d’essence et de vivres sur Moore’s Island, petite île à quelques centaines de mètres à l’ouest de Great Abaco, a également été effectuée par hélicoptère. De même, un médecin et d’un infirmier du détachement militaire français ont été déployés à l’hôpital de Marsh Harbour afin de participer au reconditionnement des locaux et au tri de l’aide médicale délivrée par les secours.

Le 15 septembre, le détachement français a poursuivi ses actions d’assistance par la livraison de vivres et de carburant, sur Green Turtle Cay, autre petite île a quelques centaines de mètres à l’est de Great Abaco, ainsi que des travaux au profit de l’école primaire. En parallèle, une patrouille conjointe franco-germano-néerlandaise d’évaluation s’est rendue sur le bidonville The Farm, à proximité de Treasure Cay où se trouve des populations en grande difficulté. Des vivres et des kits d’hygiènes ont pu être livrés.

Le 16 septembre, le reste du détachement français a pu débarquer avec ses véhicules. Il a été engagé dans des opérations de livraison de vivres et de nécessaires de cuisine dans le bidonville The Farm. Il a contribué à la réparation d’une jetée du port de Marsh Harbour, en coordination avec les éléments du bataillon de génie hollandais.

Les forces armées européennes devraient quitter les Bahamas ces prochains jours, après avoir notamment dégagé les accès principaux et les voies de communication endommagées, laissant progressivement la place aux organisations internationales et non gouvernementales.

BARKHANE

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

Dans une logique d’approche zonale en Bande Sahélo-Saharienne, La force Barkhane poursuit son effort dans la région du Liptako-Gourma – grande comme un quart du territoire métropolitain français – en appuyant les forces partenaires par le biais d’opérations conjointes et en agissant au profit de la population.

ACTIVITÉ DE LA FORCE

Cette semaine Barkhane et ses partenaires ont poursuivi leur effort de lutte contre les groupes armés terroristes dans le Liptako-Gourma.

Opération de renforcement d’un camp au Burkina Faso

Du vendredi 13 au lundi 16 septembre, la force Barkhane a participé à une opération de renforcement du camp de Djibo aux côtés des forces armées burkinabè.

En l’espace d’un mois, dans la province du Soum, plusieurs postes des forces armées du Burkina Faso ont été la cible de groupes armés terroristes. A la demande des autorités burkinabè et pour sécuriser le sommet de la CEDEAO à Ouagadougou, un détachement du sous groupement tactique désert n°1 (SGTD-1) de la force Barkhane a été mis en place pour soutenir les unités des Forces Armées Nationales du Burkina Faso déployées à Djibo, verrou important entre le Nord du pays et la capitale Ouagadougou. Ce détachement a été acheminé par deux hélicoptères Chinook CH47 britanniques, dès le 13 septembre.

Les soldats français ont immédiatement réalisé un renforcement du dispositif défensif du camp, conjointement avec leurs camarades burkinabè.

Dans la journée de samedi, une LPA (livraison par air) a été effectuée ainsi qu’un ravitaillement logistique par CH47. Ces manœuvres aériennes ont fait suite à l’évaluation de la menace locale par les soldats de Barkhane et ont permis d’acheminer des moyens complémentaires destinés à consolider les infrastructures de défense passive. Après une patrouille conjointe effectuée dans la matinée, les militaires français ont dispensé une instruction dans le cadre du Partenariat Militaire Opérationnel (PMO). In fine, cette opération préparée et conduite dans des délais très restreints a permis d’assurer la défense d’un camp stratégique au côté du partenaire burkinabè dans un contexte sensible lié au sommet de la CEDEAO dédié à la lutte contre le terrorisme.

Le désengagement du détachement de Barkhane s’est effectué le lundi 16 septembre en fin d’après-midi.

La force se déploie à nouveau dans le Liptako malo-nigérien

Du 4 au 14 septembre, la force Barkhane était engagée dans une nouvelle opération conjointe avec les partenaires maliens ayant pour objectif de contribuer à la sécurisation du Liptako malo-nigérien avec un effort autour des villes de Ménaka, Anderamboukane, Inates, Ansongo, et d’y réaffirmer la présence des Forces Armées maliennes, activement engagées aux côtés de Barkhane.

Le dispositif au sol s’est matérialisé par l’engagement du Groupement tactique désert n° 2 (GTD-2) « Edelweiss » et du Groupement commando parachutiste (GCP) à travers la combinaison de plusieurs actions de reconnaissance, de contrôle de zone et de fouille.

Dans les airs, différents moyens aériens ont été mis en œuvre de manière étroitement coordonnée. A ce titre, les Mirage 2000 et des drones de la base aérienne projetée (BAP) de Niamey ont permis, entre autre, de renseigner sur la situation, de dissuader l’ennemi tout en étant en mesure de frapper tout objectif d’opportunité. Pour leur part, les Tigre, Caiman et CH47 britanniques du Groupement tactique désert aérocombat (GTD-A) ont apporté un appui complémentaire à la fois pour l’engagement, et le transport.

Enfin à cette occasion, plusieurs actions de Partenariat Militaire Opérationnel (PMO), telles que des formations sur les savoir-faire du combattant ou des patrouilles dans le cadre de l’accompagnement au combat, ont pu être réalisées, au profit de la garnison FAMa d’Anderamboukan notamment, où trois mois de travail conjoint avec le GTD-2 « Edelweiss » ont permis de tisser de solides liens de confiance.

Un défi logistique vers Tessalit

Du 22 août au 15 septembre, le Groupement Tactique Désert Logistique (GTD-LOG) « Charentes » a mené une opération de convoi logistique dont l’objectif était de ravitailler de la Plateforme Désert Relais (PfDR) de Tessalit, emprise la plus au nord du dispositif de la force Barkhane.

Fort de 210 personnes réparties à bord de plus de 80 véhicules militaires et civils, le Sous-Groupement Logistique (SGL) « Athéna », s’est dirigé vers le nord pour ravitailler en eau et en carburant le poste avancé de Tessalit. Outre la taille hors norme de ce convoi, les conditions de circulation sensiblement affectées par la saison des pluies dans cette région du Mali, ont nécessité de la part des logisticiens un sens de l’organisation et une réactivité à toute épreuve.

Afin de faciliter la progression et d’éviter les oueds en crue et autres lacs formés en quelques jours, le peloton de circulation et d’escorte qui éclairait le convoi a bénéficié d’un appui aérien d’opportunité. En effet, celui-ci a consisté en des reconnaissances effectuées par hélicoptère ou pilatus à bord desquels un circulateur et un logisticien avaient pris place et identifiaient la meilleure trace à suivre avant de la transmettre aux escorteurs, optimisant ainsi leur déplacement.

Le convoi a progressé en sûreté, malgré les tempêtes de sable et les orages derrière les sapeurs de la Section d’Ouverture d’Itinéraire Piégé (SOIP), qui lui garantissait un itinéraire libre de tout engin explosif improvisé et appuyé par les chasseurs de la composante aérienne pour identifier ou dissuader toute présence ennemie.

Après plusieurs jours, le convoi a enfin pu rejoindre Tessalit, pour en amorcer le ravitaillement, qui s’est poursuivi au travers d’autres missions, réalisées dans un environnement bien plus aride, mettant en lumière les capacités d’adaptation des logisticiens.

Sorties air hebdomadaires (bilan du 11 au 17 septembre inclus)

Les avions de la force Barkhane ont réalisé 100 sorties, parmi lesquelles 34 sorties de chasse, 33 sorties de ravitaillement/ISR et 33 missions de transport.

UNION EUROPEENNE – EUROMARFOR

LA FRANCE PREND LE COMMANDEMENT D’EUROMARFOR

Le jeudi 19 septembre 2019, la France prend, le commandement tournant de l’EUROMARFOR, sous l’autorité du VAE Jean-Philippe Rolland, ALFAN (Amiral commandant la Force d’Action navale).

C’est la 4e fois, que la France prend ce commandement européen. Le dernier était intervenu entre 2011-2013. Elle succède au Portugal, à la tête d’EUROMARFOR ces deux dernières années.

La Force maritime européenne appelée European Maritime Force (EUROMARFOR) est une force navale, non permanente, réunissant 4 pays (France, Italie, Espagne et Portugal). Elle représente, au niveau européen et méditerranéen, un partenariat militaire international fort entre 4 grandes marines occidentales, engagées dans la sécurité maritime.

Créée en 1995 dans le cadre la déclaration de Petersberg (1992), elle mène principalement des missions humanitaires, de maintien de la paix, de prévention et gestion des crises et de sécurité maritime.

L’EUROMARFOR peut agir tant dans le cadre de l’Union européenne (UE), que dans celui des institutions internationales, dans lesquelles sont engagées les 4 nations membres (Ex : OTAN, ONU etc.).

OTAN – EFP – MISSION LYNX

EXERCICE MAJEUR INTERALLIES EN LETTONIE

Du 7 au 15 septembre, les soldats de la mission Lynx 6 ont opéré au-delà des frontières estoniennes le temps de l’exercice interarmes et interalliés, FURIOUS HAWK. Cette manœuvre franco-britannique ambitieuse a vu la majeure partie du détachement français se déployer sur le camp letton d’Adazi, avec environ 250 soldats et une cinquantaine de véhicules.

Après des séances de manœuvres des fantassins et des cavaliers du sous groupement tactique interarmes français, et à des entraînements aux tirs de tous les calibres, du HK 416 au canon de char Leclerc en passant par le Milan, les cavaliers français se sont entraînés conjointement avec leurs homologues britanniques durant plusieurs jours afin de parfaire leur interopérabilité. Les chars Leclerc étaient en appui de l’infanterie mécanisée britannique afin de s’emparer d’un objectif.

Furious Hawk s’est achevé par une phase de synthèse de plus de 24h, où le sous groupement tactique interarmes français, intégré au battlegroup britannique, a restitué les enseignements des jours précédents, en enchaînant manœuvres offensives et défensives, en tirs réels, de jour comme de nuit.

CHAMMAL

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

L’opération Chammal, volet français de l’Opération Inherent Resolve, poursuit sa mission de lutte contre Daech et continue à appuyer les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et les Forces de Sécurité Irakiennes (FSI).

En Irak, dans le Nord-Est syrien et dans la Moyenne Vallée de l’Euphrate, la situation sécuritaire est stable. Les FSI comme les FDS y poursuivent leurs différentes opérations de ratissage et de sécurisation contre les cellules clandestines de Daech.

ACTIVITÉ DE LA FORCE

La France poursuit son engagement au sein des piliers « appui » et « formation » de la Coalition. Au sein de ce dernier, les armées françaises participent directement à l’amélioration des capacités et des savoir-faire de l’armée irakienne par l’action des Task Force Narvik et Monsabert, déployées à Bagdad. Cet appui à la formation et à l’entraînement des forces de sécurité irakiennes contribue à la lutte contre Daech et participe à la sécurisation de l’Irak.

La Task Force Narvik perfectionne les forces spéciales irakiennes aux techniques de « bréchage » et d’effraction

Ces dernières semaines, la Task Force Narvik a mené un stage d’expert « bréchage » et effraction au sein de l’Académie des forces spéciales de l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS) dans le cadre de sa mission d’appui à la formation au sein de la Coalition. Conçu par la TF Narvik pour 17 spécialistes des forces spéciales irakiennes, ce stage de perfectionnement des spécialistes Explosive Ordnance Disposal (EOD) de l’ICTS répond aux retours d’expérience des engagements en zone urbaine de l’ICTS, notamment à Mossoul en 2017. Il permet notamment d’approfondir les techniques d’appui aux opérations de contre-terrorisme.

Le recours à des explosifs pour ouvrir des brèches dans un environnement fermé est regroupé sous le vocable technique « effraction chaude ». Cette capacité à créer brusquement des ouvertures et passages dans des éléments infranchissables comme une porte en bois massif ou un mur permet de prendre l’initiative sur tout ennemi qui s’estime à l’abri.

Bilan des actions de formation (au 31 août)

Dans le cadre de son partenariat avec la 6e division, la TF Monsabert a formé depuis sa création plus de 3600 soldats irakiens, près de 1900 formateurs et évalué les savoir-faire fondamentaux de près de 6200 soldats. Elle a aussi formé 620 officiers et sous-officiers irakiens de l’école d’artillerie irakienne.

Depuis mars 2015, la TF Narvik a formé plus de 9000 soldats et plus de 380 instructeurs, et a mené des stages de perfectionnement au profit de près de 3800 soldats.

Au total, après plus de 4 ans, 26 000 soldats irakiens ont bénéficié de l’expertise des instructeurs français de l’opération Chammal.

Sorties air hebdomadaires (bilan du 11 au 17 septembre inclus)

Les aéronefs français basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis poursuivent leurs actions contre Daech, au sein de la Coalition. Cette semaine, les Rafale engagés dans l’opération Chammal ont réalisé 18 sorties aériennes.