Coup de théâtre à Biarritz: rencontre surprise de l’Iranien Zarif avec Le Drian en marge du G7

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif (G) et son homologue français Jean-Yves Le Drian s'apprêtent à tenir une réunion bilatérale, le 24 septembre 2018 à New York. [Archives/AFP]
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Donald Trump et les dirigeants européens restaient divisés dimanche sur la crise du nucléaire iranien, malgré le forcing du président français pour concilier leurs positions au G7 de Biarritz, où Emmanuel Macron a créé la surprise dimanche en invitant à Biarritz, où il accueille le G7, le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, pour discuter du nucléaire iranien avec son homologue français Jean-Yves Le Drian.


Mise à jour 26/08/26, 9h01

Le président américain Donald Trump a déclaré lundi que le chef de la diplomatie iranienne avait été reçu en France en marge du sommet du G7 avec son plein accord, dans un signe d’apaisement apparent après l’envolée des tensions de cet été dans le Golfe.

Cette visite avait donc été validée par le président américain si on en croit la déclaration de Donald Trump aujourd’hui. Emmanuel Macron « a demandé mon accord. Je lui ai dit: si c’est ça que vous voulez, allez-y! », a raconté Donald Trump . « J’ai été au courant de tout ce qu’il faisait et j’ai approuvé », a-t-il assuré.

Le locataire de la Maison Blanche n’a en revanche pas souhaité rencontrer le chef de la diplomatie iranienne, cible depuis le 1er août de sanctions américaines, estimant qu’il était « trop tôt » pour cela.


Le dossier iranien était l’un des trois sujets phare du dîner de samedi des leaders du G7, où le président français estimait avoir convaincu ses collègues, y compris Donald Trump, d’afficher un front uni.

Lundi matin, le président français a ainsi cru pouvoir annoncer avoir obtenu l’accord de tous — Donald Trump compris — pour parler à l’Iran d’une même voix.

« Nous nous sommes mis d’accord sur ce qu’on va dire sur l’Iran. Il y a un message du G7 sur nos objectifs, et le fait qu’on les partage évite les divisions », a assuré dimanche matin le président français sur la chaîne de télévision LCI/TF1. « Nous avons acté d’une communication commune et d’une décision d’action qui permet de réconcilier un peu les positions », a-t-il ajouté.

« Il faut que dans les prochaines semaines on arrive à ce qu’il n’y ait pas de nouvelles décisions iraniennes qui soient contraires à cet objectif et qu’on arrive à ouvrir cette nouvelle négociation » avec l’Iran, a-t-il espéré.

Des sources diplomatiques concordantes ont précisé que les dirigeants du G7 avaient même « chargé Emmanuel Macron de discuter et d’adresser le message à l’Iran » pour faire avancer le dossier.

Le président français a d’ailleurs assuré qu’entre les Européens, qui choisissent de rester dans l’accord sur le nucléaire iranien, et les Etats-Unis qui l’ont déchiré, les objectifs étaient finalement les mêmes, à savoir que l’Iran n’ait pas la bombe nucléaire et pour éviter la guerre.

Mais deux heures plus tard, Donald Trump a jeté un pavé dans la mare en démentant que les pays du G7 se soient mis d’accord sur un message commun à transmettre à l’Iran.

« Je n’ai pas discuté de cela », a-t-il dit en réponse à des journalistes.

Peu après, Emmanuel Macron s’est adressé à la presse pour tenter à nouveau d’aplanir les dissensions avec les Etats-Unis.

Choisissant des termes plus prudents, il a d’abord expliqué que « comme le G7 est un club informel, il n’y avait pas de mandat formel donné à l’un ou à l’autre ». « Chaque pays va continuer à agir chacun dans son rôle », a-t-il ajouté, en indiquant qu’il allait poursuivre ses efforts pour éviter une escalade entre Téhéran et Washington. 

Jouant les médiateurs depuis des mois, Emmanuel Macron, qui s’entretient régulièrement avec le président iranien Hassan Rohani, a présenté samedi à Donald Trump un compromis pour sortir de l’impasse entre une position américaine inflexible qui applique de lourdes sanctions économiques et un Iran tenté de s’affranchir de l’accord.

Il lui a présenté l’option de permettre à Téhéran « pour une période limitée d’exporter une partie de son pétrole » en échange d’un retour à son engagement de ne pas enrichir d’uranium pour se doter de l’arme nucléaire.Donald Trump, après avoir déchiré l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018 et rétabli de lourdes sanctions, exige de nouvelles garanties de l’Iran sur ses activités diplomatiques et militaires.

Soucieux de ne pas froisser ses interlocuteurs, Emmanuel Macron a souligné que, si la crise se résolvait, il était « prêt à dire que c’est grâce à…qui on veut! » car « le plus important » serait « qu’on ait réussi ».

Rencontre surprise de l’Iranien Zarif avec Le Drian en marge du G7

Et Emmanuel Macron a créé la surprise dimanche en invitant à Biarritz, où il accueille le G7, le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, pour discuter du nucléaire iranien avec son homologue français Jean-Yves Le Drian.

« Nous confirmons la présence de Mohammad Javad Zarif à Biarritz, il s’entretient actuellement avec Jean-Yves Le Drian », a confirmé l’Elysée, peu après l’atterrissage surprise de l’avion officiel iranien, véritable coup de théâtre de ce sommet.  

« Aucune rencontre (de M. Zarif) n’est prévue à ce stade avec les Américains » présents à ce sommet du G7 dans le sud-ouest de la France, dont Donald Trump, a précisé la présidence française, indiquant que cette visite avait lieu à l’initiative de Paris et non du G7.

Donald Trump avait cependant été informé de l’arrivée du chef de la diplomatie iranienne, a indiqué implicitement une source diplomatique française.

« Le président s’est entretenu deux heures avec Donald Trump à déjeuner samedi. Nous travaillons en pleine transparence avec les Etats-Unis. Et le président a eu des conversations avec tous les leaders du G7. Evidemment l’information circule », ajoute cette source 

La décision d’inviter M. Zarif sur le lieu du G7, deux jours après l’avoir reçu à l’Elysée vendredi, « s’inscrit dans la continuité de ce qu’Emmanuel Macron a fait depuis plusieurs mois : créer les conditions pour une désescalade, discuter de ce qui doit venir après l’expiration de l’accord sur le nucléaire iranien et parler du programme balistique de lIran », a précisé cette source.Elle prolonge le travail diplomatique du président français « avec les Iraniens et les Américains depuis plusieurs mois, puisque le président parle à Donald Trump et Hassan Rohani ».

« Javad Zarif vient à Biarritz en raison des conversations très substantielles avec les leaders du G7 samedi soir. Sur ces bases il est très important de faire le point pour continuer de converger » et étudier les moyens d’une désescalade, conclut le diplomate français, précisant que l’invitation avait été décidée à l’issue du dîner samedi soir.