Afghanistan: le fils du commandant Massoud enfile le costume de son père

Ahmad Massoud, fils du légendaire Ahmad Shah Massoud, à Kaboul le 25 août 2019. [AFP]
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Jusque-là resté à l’écart de l’arène politique afghane, Ahmad Massoud, unique fils du légendaire commandant Massoud, a décidé de reprendre l’étendard « laissé » par son père et de lancer un mouvement d’union pour faire face aux talibans.

Le 5 septembre dans la vallée du Panchir, berceau de la famille et « symbole de la résistance » tant durant l’invasion soviétique (1979-89) que sous le régime taliban (1996-2001), Ahmad Massoud dit vouloir rassembler « différents groupes de différents partis » afin d’éviter « un nouveau chaos dans le pays, un retour aux heures sombres ».

Il entend ainsi réunir les partisans de son défunt père et bâtir une grande coalition anti-talibans à même de s’opposer aux insurgés politiquement d’abord, et militairement si nécessaire.

« Dieu m’en préserve mais si cela arrive, pas seulement moi mais des centaines de milliers de jeunes sont prêts à prendre les armes », assure-t-il.

Ce mouvement se veut l’héritier du Front uni islamique et national pour le salut de l’Afghanistan, connu sous le nom de l’Alliance du Nord, que le célèbre guérillero Ahmad Shah Massoud avait impulsé et dirigé jusqu’à son assassinat en 2001, deux jours avant les attaques d’Al-Qaïda sur Washington et New-York.

Le Front Uni était un regroupement de plusieurs groupes armés moudjahidines qui se sont battus contre les Soviétiques, puis entre eux lors d’une guerre civile, et se sont ensuite regroupés pour combattre les talibans après leur prise du pouvoir en 1996.

Après une vie d’exil, notamment à Londres où il a étudié durant sept ans, Ahmad Massoud dirigeait depuis son retour au pays en 2016 la Fondation qui porte le nom de son père et oeuvre pour la paix à travers des programmes éducatifs, sociaux, économiques ou culturels.

Mais aujourd’hui, « mon objectif est de continuer là où (mon père) s’est arrêté », dit Ahmad, âgé de 30 ans, interviewé par l’AFP dans une maison familiale à Kaboul.

Réarmement de milices  

Le moment choisi n’est pas anodin alors que les Etats-Unis semblent sur le point de conclure avec les talibans un accord de retrait de leurs troupes d’Afghanistan en échange de garanties en matière de contre-terrorisme.

« Une majorité d’Afghans sont inquiets des conséquences du processus en cours. Ils se sentent tenus à l’écart », dit le jeune homme alors qu’une nouvelle barbe couvre ses joues et qu’il se coiffe désormais du même pakol -un chapeau de laine traditionnel- marron que portait son père.

« Il ne s’agit pas d’un processus dirigé par les Afghans. C’est quelque chose qui se passe entre les Etats-Unis et les talibans, entre les puissances régionales et les talibans. Où sont les Afghans ? », s’emporte-t-il.

Ahmad Massoud, aîné d’une fratrie qui compte aussi cinq sœurs, a suivi une formation d’officier à l’Académie militaire de Sandhurst (Grande-Bretagne) et prévient qu’un retrait précipité américain pourrait mener à l’effondrement des forces de sécurité afghanes.

« Malheureusement, le gouvernement n’est pas en mesure de continuer la lutte contre les talibans », affirme-t-il, assurant que diverses milices, notamment dans la vallée du Panchir, se réarment en prévision du retrait américain.

Ressemblance frappante

Selon Ahmad Massoud, l’accord américano-taliban ne s’attaque pas au cœur du problème: le brutal système politique afghan où seule compte la conquête du pouvoir absolu, source « des guerres en Afghanistan ».

« Si nous ne nous engageons pas dans un processus qui décentralise le pouvoir en Afghanistan, qui le distribue à tous, nous ne résoudrons rien », affirme-t-il.

Au contraire, il estime que cet accord « va donner un sentiment de triomphe aux talibans: +nous vous avons combattus et nous avons gagné+ ». Selon lui, avoir « légitimé » le groupe insurgé « va donner de l’espoir aux groupes terroristes à travers le monde ».

Ahmad Massoud, dont la ressemblance avec son géniteur est frappante, assure vouloir œuvrer pour les « seuls intérêts de l’Afghanistan ».

Il jure « ne rien vouloir » pour lui: « nous sommes ici pour continuer là où nos ancêtres et la génération précédente nous ont laissés ».

Mais les comparaisons avec l’iconique commandant sont inévitables, surtout dans un pays où le bâton du pouvoir se passe souvent de père en fils et où les figures politiques unificatrices sont rares.

« C’était un personnage unique dans l’histoire de l’Afghanistan et je ne pense pas que quiconque puisse être comme lui », tranche-t-il.