Florence Parly veut plus d’Europe dans la lutte contre le terrorisme au Sahel

La ministre des Armées Florence Parly, accompagné du chef d'état-major des Armées François Lecointre, visite les forces spéciales terre, à Pau, le 13 juin 2019. (@josypoueyto/Twitter)
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La France souhaite voir les pays européens s’impliquer davantage dans la lutte au terrorisme au Sahel, a indiqué la ministre des Armées Florence Parly, lors d’un déplacement au 4ème régiment d’hélicoptères des forces spéciales terre, à Pau (Pyrénées-Atlantique).

La ministre était accompagné du chef d’état-major des armées François Lecointre.

Lors de son discours, la ministre a rappelé la persistance de la menace terroriste et de la présence importante de la France dans la lutte contre les terroristes avec deux opérations majeures: d’abord au Levant (Irak, Syrie) avec 1000 militaires dans la coalition contre Daech, puis au Sahel, avec 4500 militaires de l’opération Barkhane.

Le Sahel, un effort européen

Mme Parly avertit que si le Mali, le Niger et le Burkina Faso ne sont pas stabilisés, «l’Europe aura durablement sur sa tête non pas une, mais deux épées de Damoclès: celle du terrorisme et des prises d’otages, et celle des migrations illégales, dont beaucoup transitent par ces territoires».

Elle ajoute qu’il faut «accompagner les forces armées sahéliennes après les avoir formées, y compris lorsqu’elles vont au combat, et pas seulement dans les états-majors […] Mais si les Européens, qui sont directement concernés, ne le font pas, qui, alors, le fera ?».

La ministre des Armées demande donc pourquoi on ne ferait pas appel aux forces spéciales des pays européens. «Elles en sont parfaitement capables dès lors qu’elles le veulent», précise-t-elle.

Florence Parly précise avoir soumis ce projet à plusieurs alliés: «Les retours sont encourageants et j’ai bon espoir que ce projet pourra prospérer. Ce serait une belle démonstration de comment l’Europe répond à la toute première préoccupation de sécurité de ses citoyens».

Aujourd’hui, ce sont 23 armées européennes qui sont présentes au Sahel. L’Union Européenne prend part au combat avec ses missions de formation comme EUTM Mali et son soutien financier massif aux pays vulnérables du pourtour syrien.

Elle dépense déjà plus de 300 millions d’euros par an dans des actions destinées à renforcer la cohésion des pays en crise et lutter contre l’extrémisme violent. C’est aussi un acteur majeur de l’aide au développement.

En revanche, Mme Parly indique que l’UE est «moins présente sur le haut du spectre ; elle peine à convaincre les Européens qu’elle traite véritablement la menace».

L’Europe doit «intégrer dans son logiciel l’action contre le terrorisme». «J’ai donc créé, au sein de l’Initiative Européenne d’Intervention lancée par le Président Macron, un groupe spécial sur la dimension militaire du terrorisme, afin que nous nous aguerrissions mutuellement sur ce sujet», précise la ministre. «Les premiers contacts ont été positifs, il faut maintenant aller de l’avant».

Daech toujours là

La fin du «califat» territorial ne signifie pas la destruction de Daech. En effet, une partie des djihadistes du groupe a fui en Irak, et une autre en Syrie, dans le désert de la Badiya notamment, ou par divers réseaux, vers Idlib.

Daech est en quelques sortes déterritorialisé ; Daech est dispersé ; mais Daech est réorganisé ; Daech est toujours menaçant, au moins autant qu’en 2012. […] Même lorsqu’elle croupit dans les prisons kurdes, ce n’est pas une armée qui se rend : c’est une armée qui attend son heure.

Florence Parly, Ministre des Armées

La ministre estime que certains des milliers de combattants piégés à l’Est de l’Euphrate «se disperseront ailleurs, au gré de leurs origines: en Libye, en Afghanistan, en Asie du Sud-Est, dans les Balkans, mais peut-être demain aussi au Maghreb – de très nombreux combattants en étant originaires. Et en France aussi, que les combattants soient originaires de notre pays, ou d’un des pays du Maghreb avec lesquels nos destins sont liés».

En parlant du groupe terroriste, Mme Parly rappelle qu’il joue «le temps long. Il mise sur la jeunesse. Il y a eu les lionceaux du califat, l’insistance sur les familles, l’enseignement. Il y a ces structures locales, à l’étranger et même dans notre pays parfois. Tout est pensé pour fabriquer en secret la prochaine génération de tueurs».

Finalement, c’est avec beaucoup d’espoir que Florence Parly a conclu son discours: «Notre société est solide ; elle a enduré les attentats ; elle soutient nos opérations, même quand vient le moment terrible où il faut saluer les enfants de la nation tombés pour notre liberté. Mais rien ne me donne plus de foi dans notre résilience que de vous voir, vous les principaux responsables du ministère des Armées, et vous, hommes et femmes des forces spéciales».

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