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Comme chaque semaine, l’État-major des Armées fait le point sur ses différentes opérations à travers la planète. Voici donc le point sur les opérations françaises entre le 28 février et le 5 mars 2020.

BARKHANE

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

La force Barkhane poursuit son effort dans la région du Liptako-Gourma et concentre son action dans la lutte contre les groupes armés terroristes, en particulier contre l’état islamique au grand Sahara dans la région dite « des trois frontières ».

ACTIVITÉ DE LA FORCE                                                                                         

  • Ø Un mois d’engagement dans le Liptako pour le GTD « Altor »

À l’occasion du Sommet de Pau, les dirigeants du G5 Sahel ont réaffirmé l’importance et la nécessité de l’opération Barkhane pour la stabilité du Sahel. À la demande du président de la République, les Armées ont ainsi accentué leur effort dans la lutte contre les groupes armés terroristes dans la région dite « des trois frontières ».

Pour la force Barkhane, une partie de ces renforts a structuré un troisième groupement tactique désert (GTD), le GTD « Altor ». Armé principalement par les soldats du 2e régiment étranger de parachutistes (2e REP), ce troisième GTD a été déployé fin janvier. Opérant depuis un mois dans le Liptako en autonomie, le GTD « Altor » a été engagé conjointement avec les forces armées nigériennes (FAN) pour lutter contre les groupes armés terroristes (GAT) qui sévissent dans cette région. Au cours de cet engagement exigeant, le GTD « Altor » a neutralisé plusieurs terroristes, et saisit de nombreuses ressources.

Partis en janvier de Côte d’Ivoire, les soldats du GTD « Altor » sont ainsi engagés dans le Liptako nigérien depuis un mois loin des bases françaises, aux côtés des forces armées nigériennes (FAN), afin de mettre les groupes armés terroristes sous pression. Leur action dans la durée a pour but d’isoler les groupes terroristes de leurs ressources, de dégrader leur logistique et de déstructurer leurs réseaux de commandement.

Le GTD « Altor » et les forces nigériennes combinent des modes d’action très variés pour surprendre et harceler les groupes armés terroristes, de jour comme de nuit. Infiltrations, embuscades, contrôles de zone, opérations de ratissage et de fouilles, opérations héliportées, ont notamment permis de neutraliser plusieurs terroristes et de saisir de nombreuses ressources logistiques ainsi que de l’équipement de guerre comprenant entre autres des armes, des munitions, du matériel permettant la confection d’IED, des postes radio, un drone et de nombreux matériels militaires en tout genre.

En particulier, les 21 ,23 et 27 février, le GTD « Altor » a neutralisé près d’une dizaine de combattants armés et détruit plusieurs motos en trois actions de combat menées contre les groupes opérant dans cette région reculée.

Son action s’inscrit en complément de celles réalisées par les autres groupements tactiques désert de la force Barkhane, les forces armées partenaires et la force conjointe du G5-Sahel, qui ont obtenu des résultats significatifs ces dernières semaines dans cette région. Mais plus que cela, l’action conjointe menée par le groupement « Altor » aux côtés des forces armées nigériennes s’inscrit dans le partenariat de combat qui permet progressivement la montée en puissance des forces partenaires et qui concourt pleinement à l’objectif principal de la force Barkhane : mettre les groupes armés terroristes à la portée des forces partenaires.

  • Ø Un A400M ravitaille le groupement tactique désert « Altor »

Pour permettre un engagement exigeant, le soutien du groupement tactique désert « Altor » et de l’ensemble des unités déployées en opération dans la durée s’appuie sur une véritable mécanique de précision. Il a ainsi été ravitaillé par des convois, mais également par des livraisons par air.

Ainsi, le 1er mars, un A400M a décollé de France pour procéder à une livraison par air avant de se poser sur la base aérienne de Niamey. Une seconde livraison a été réalisée le lendemain au départ du Niger, avant que l’A400M ne rentre directement vers la France. Au bilan, cette opération de ravitaillement aura permis de délivrer au GTD « Altor » près de 40 tonnes de vivres, eau, carburant et munitions en deux largages, dans une cinématique de ravitaillement par air initiée depuis la métropole ; une première pour l’A400M.

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 26 février au 3 mars inclus)

Les avions de la force Barkhane ont réalisé 96 sorties, parmi lesquelles 25 sorties de chasse, 31 sorties ISR et 40 missions de transport ou de ravitaillement.

MÉDITERRANÉE

  • Ø Mission Foch Le groupe aéronaval actif en Méditerranée centrale

Le groupe aéronaval (GAN) constitué en Task Force 473 et déployé pour la mission Foch met désormais le cap sur l’Atlantique après avoir passé un mois en Méditerranée orientale au cœur de l’opération CHAMMAL/Inherent Resolve de lutte contre Daech.

  • Appréciation autonome de situation en Méditerranée centrale

Actuellement positionné en Méditerranée centrale, le GAN concourt à la stabilisation de l’espace euro-méditerranéen et à l’appréciation autonome de la situation dans la région grâce à ses multiples capteurs.

À cette occasion, les frégates multimissions (FREMM) Auvergne et Bretagne ainsi que la frégate de défense aérienne (FDA) Chevalier Paul intégrées au GAN autour du porte-avions Charles de Gaulle, recueillent des informations au profit de l’opération de sûreté maritime de l’OTAN, Sea Guardian. Cette opération vise à maintenir un environnement maritime sûr et sécurisé, contribue à la connaissance de la situation maritime en Méditerranée, à la lutte contre le terrorisme et favorise la constitution de capacités de sûreté maritime.

Coopération franco-hellénique

Par ailleurs, le 27 février 2020, toujours en Méditerranée centrale, des aéronefs du groupe aérien embarqué (quatre Rafales marine des flottilles 11F et 12F et un Hawkeye de la 4F) ainsi que les bâtiments du GAN, se sont mobilisés dans le cadre d’un exercice de défense aérienne de haut niveau avec la Grèce. La Hellenic Tactical Air Force a participé à cet exercice d’envergure en opposant aux appareils français quatre F16 de l’escadron 335 basé à Araxos en Grèce, en simulant des attaques sur la force navale française. L’expertise de l’escadron grec et le savoir-faire des contrôleurs aériens helléniques, associés au professionnalisme et à l’expérience des marins français, ont permis de mêler à la fois réalisme et imagination dans un scénario tactique ambitieux. Une préparation minutieuse en coopération a été conduite afin de garantir la pertinence d’une mise en scène répondant aux objectifs suivants : développement de l’interopérabilité, approfondissement de la connaissance mutuelle, appréciation des capacités et techniques de défense aérienne respectives, développement et perfectionnement des tactiques. 

Coopération et interopérabilité de haut niveau avec l’US Navy

Enfin, les 2 et 3 mars, un entraînement majeur appelé Dual Carrier OPS (DCO) entre le groupe aéronaval américain constitué autour de l’USS Dwight Eisenhower et la Task Force 473 a permis de réaliser des exercices conjoints de haut niveau, dans tout le spectre des capacités des groupes aéronavals (luttes anti-sous-marine, anti-surface ou aérienne). Les principaux enjeux de l’entraînement étaient aussi bien le partage d’information par la connexion immédiate des réseaux de communication que la transmission de données, l’aptitude à mettre en œuvre l’aviation française comme américaine indifféremment sur les deux porte-avions ainsi que la maîtrise des espaces aéromaritimes dans des opérations de haut du spectre.

Pour ce faire, l’ensemble des escorteurs a été immédiatement intégré afin de rendre les deux forces navales interopérables. Liaisons de données, analyse de situation tactique, capacité de détection, de commandement et de contrôle ou encore de défense des forces à la mer, furent autant de compétences mises au service des deux groupes aéronavals par la FREMM Bretagne et la FDA Chevalier Paul.

Avec les États-Unis, la France est le seul pays à disposer d’un porte-avions nucléaire à catapultes et brins d’arrêt. Cela constitue un lien unique entre les deux pays qui partagent ainsi un savoir-faire, un niveau d’exigence et une capacité à faire face au combat de haute intensité communs. Ces rencontres en mer régulières permettent d’améliorer nos capacités à opérer ensemble.

Lors de ce DCO, dix marins français et américains ont d’ailleurs échangé leurs postes à bord des porte-avions Eisenhower et Charles de Gaulle pour permettre la mise en œuvre de Rafale marine et F18 Super Hornet.

Le porte-avions Charles de Gaulle et l’USS Dwight Eisenhower n’en sont pas à leur coup d’essai. Ils ont opéré ensemble en 2016 en Méditerranée pour conduire des opérations conjointes dans le cadre de la coalition internationale de lutte contre Daech/Inherent Resolve.

La coopération se poursuit

Dans les prochains jours, le GAN sera rejoint plusieurs bâtiments de combat de nations partenaires tels que la frégate espagnole DDGH Blas de Lezo, la frégate belge FFGH Leopold 1er et la frégate allemande FGS Lübeck. Ces diverses coopérations permettront ainsi de renforcer l’interopérabilité entre la France et ses partenaires européens. Le 6 mars, la frégate portugaise Corte Real intégrera à son tour le groupe aéronaval.

CHAMMAL

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

L’opération Chammal se poursuit, et les armées restent résolument engagées dans leur lutte contre l’organisation terroriste Daech.

ACTIVITÉ DE LA FORCE                                                                                        

  • Ø Le commandant de la coalition à Monsabert

Le 29 février 2020, le lieutenant général Pat White, commandant l’opération Inherent Resolve (OIR), s’est rendu sur le camp de la Task Force Monsabert à Bagdad en vue d’apprécier les particularités du dispositif français.

Le général américain et sa délégation ont été accueillis par le colonel Berbain, commandant les éléments français formant et conseillant l’état-major de la 6e division d’infanterie irakienne. Le commandant de l’opération Inherent Resolve a ensuite échangé avec des représentants de chaque catégorie de personnel et a pu apprécier la motivation et l’implication des militaires français à améliorer les compétences existantes de ses partenaires irakiens.

Au regard des missions de conseil et de formation dispensées, le général White a ainsi souligné l’exception française qui, avec un dispositif réduit, atteint des objectifs très élevés. Une réussite que le chef de corps de la TF Monsabert attribue notamment à la variété et à la complémentarité de ses hommes et femmes (artilleurs, légionnaires, sapeurs, médecins, transmetteurs, logisticien…)

Le général White a conclu sa visite en exprimant sa fierté de compter dans les rangs de la coalition une unité française aussi polyvalente et qui contribue à rendre leur partenaire irakien plus efficace dans leur lutte contre Daech.

  • Ø 42 militaires irakiens diplômés

Le 27 février, une cérémonie de remise de diplômes s’est déroulée à Bagdad, pour certifier les 42 militaires irakiens ayant suivi la nouvelle formation « réaction face à une embuscade ». Une manière également d’identifier les soldats qui pourront se faire le relais de la formation auprès de la 6e division irakienne.

Sur demande du général Saad, commandant la 6e division irakienne, 42 stagiaires ont été confrontés pendant une semaine à des scénarios très réalistes, se rapprochant au plus près des menaces auxquelles ils sont confrontés quotidiennement sur le terrain, de jour comme de nuit.

Au terme de cette formation sur-mesure, les lauréats irakiens ont été félicités par le général Saad en personne. 

Lors de cet apprentissage, les conseillers français ont par ailleurs pu identifier des soldats se détachant par leurs compétences et investissement. Ces derniers se sont vus remettre une lettre de recommandation, en plus de leur diplôme de fin de stage. Ils pourront ainsi venir renforcer les futures formations, en lien avec les instructeurs de la Task Force Monsabert. L’objectif à terme est d’instruire les formateurs afin de démultiplier l’efficacité des stages réalisés.

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 28 février au 5 mars inclus)

Les aéronefs français basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis poursuivent leurs actions contre Daech, au sein de la Coalition. Cette semaine, les avions engagés dans l’opération Chammal ont réalisé 20 sorties aériennes.

CORYMBE

  • Ø Le 150e mandat pour la mission Corymbe 

La 150e mission Corymbe, actuellement assurée par le patrouilleur de haute mer Commandant Bouan, est l’occasion de revenir sur cette opération qui a pour cadre le golfe de Guinée, région du monde où la France entretient une présence navale quasi permanente.

Succédant à l’opération Okoumé, le premier mandat de l’opération Corymbe a débuté le 21 mai 1990 avec le déploiement de l’aviso Commandant Blaison. L’opération Corymbe fêtera donc son 30e anniversaire en 2020.

Cette opération vise trois objectifs principaux. D’abord, protéger les ressortissants français par la présence d’un bâtiment en mesure d’effectuer une opération d’évacuation et de soutenir les opérations françaises à terre ; ensuite, soutenir les pays du golfe de Guinée dans la sécurisation de leurs approches maritimes et régionales, conformément au processus de Yaoundé ; enfin, renforcer la coopération internationale dans la zone.

En 30 ans, cette opération a évolué pour répondre aux prérogatives grandissantes des pays riverains en matière de lutte contre l’insécurité maritime. La formation et le soutien aux marines du golfe de Guinée y a donc pris une place de plus en plus importante. Des formations dans les domaines techniques et opérationnels sont ainsi systématiquement réalisées lors des escales et à la mer. L’embarquement d’officiers africains est régulièrement proposé pendant les transits entre deux escales. Des patrouilles opérationnelles communes permettent d’accompagner et de soutenir directement nos partenaires africains dans leur action de contrôle de leur zone économique exclusive. Les escales sont également l’occasion d’apporter un soutien aux écoles africaines à vocation régionale, ainsi qu’aux organisations internationales qui agissent au quotidien aux côtés des pays africains.

L’opération Corymbe s’inscrit pleinement dans le soutien qu’apporte la France à l’architecture de Yaoundé mise en place depuis 2013 pour améliorer la sécurisation des espaces maritimes du golfe de Guinée. C’est dans ce cadre que les bâtiments déployés participent régulièrement aux exercices réalisés au profit des marines africaines et des centres de cette architecture, en particulier lors du grand rendez-vous annuel Grand African NEMO, en coopération avec d’autres marines occidentales. Les unités de la Marine nationale bénéficient de l’appui déterminant et de l’action complémentaire des autres forces françaises stationnées sur place, notamment au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon, ainsi que du réseau des nombreux coopérants militaires français insérés au sein des marines riveraines. L’excellente synergie entre ces différents acteurs depuis toutes ces années constitue un facteur essentiel à l’efficacité de la coopération opérationnelle entre la France et ses partenaires.

Par sa présence et son action dans la zone depuis 30 ans, Corymbe s’impose donc comme un levier déterminant du soutien français aux marines riveraines, pour l’amélioration de leur prise en charge de la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée.

ATLANTIQUE NORD

  • Patrouille polaire pour la frégate la Motte-Picquet dans le Grand Nord

En mission depuis plus d’un mois, la frégate anti-sous-marine (FASM) la Motte-Picquet poursuit son déploiement opérationnel dans le Grand Nord.

Le 14 février, après avoir participé à une série d’exercices de l’OTAN à dominante anti-sous-marine au large des côtes norvégiennes, la frégate a entamé une patrouille opérationnelle au-delà du cercle polaire afin d’améliorer sa connaissance de cette région stratégique. Les rencontres à la mer avec les Marines alliées de la région constituent, à cette occasion, de belles opportunités d’échange et d’entrainement. En effet, après les frégates norvégiennes Otto Sverdrup et Thor Heyerdahl, c’est la frégate danoise Thetis que la frégate la Motte-Picquet devrait retrouver prochainement dans les îles Féroé.

Après une escale de quelques jours à Akureyri, capitale du Nord et 2e ville de l’Islande, la Motte-Picquet poursuit actuellement sa mission dans les eaux glaciales de la mer du Groenland en direction de la Norvège.

La navigation en période hivernale dans les hautes latitudes est exigeante pour le bateau et pour l’équipage et requiert une vigilance de tous les instants. L’équipage est confronté à des conditions climatiques particulièrement rigoureuses avec des températures souvent négatives, des vents polaires pouvant atteindre 70 nœuds sous grains et des chutes de neige importantes pouvant réduire brutalement la visibilité. Ces conditions difficiles rendent les manœuvres aéronautiques et la mise en œuvre du sonar remorqué particulièrement délicates. Elles permettent cependant aux marins du bâtiment de s’aguerrir et d’adapter leurs méthodes de travail à un environnement hostile et peu habituel.