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Comme chaque semaine, l’État-major des Armées fait le point sur ses différentes opérations à travers la planète. Voici donc le point sur les opérations françaises entre le 24 et le 30 janvier 2020.

ALINDIEN

  • Ø Mission du Courbet au sein de l’EMASOH

La frégate type La Fayette (FLF) Courbet, déployée dans la région du Golfe, a pour mission de veiller sur les intérêts français dans cette zone d’intérêt, d’y entretenir une appréciation autonome de situation et de détecter d’éventuelles menaces à l’encontre des navires de commerce français dans le détroit d’Ormuz. Dès le 31 janvier, sa mission s’inscrira dans le cadre multilatéral « European-led Maritime Awareness in the Strait of Hormuz ». Il sera le premier bâtiment déployé dans le cadre de cette opération multilatérale de surveillance maritime qui vise à garantir la liberté de navigation dans le golfe Arabo-Persique et le détroit d’Ormuz, tout en protégeant les intérêts économiques européens et internationaux.

Depuis la récente montée des tensions dans cette zone d’intérêt stratégique où transitent près de 20% du pétrole français et le tiers du pétrole européen, aucun bâtiment militaire occidental n’avait encore franchi le détroit d’Ormuz. Dans la continuité des annonces de la Ministre des Armées Florence Parly, en novembre dernier, la France réaffirme ainsi son attachement à la stabilité de la zone et à la liberté de circulation maritime.

MER MEDITERRANÉE

  • Ø Méditerranée occidentale : lieu d’interaction entre la Marine nationale et les flottes tunisiennes et grecques

Fin janvier 2020, le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Dixmude, déployé en Méditerranée après un passage en Atlantique, a eu l’opportunité d’effectuer des exercices conjoints avec le patrouilleur de haute mer tunisien Siphax.

Au cours de la journée du 24 janvier et pendant 24 heures, c’est au large des côtes nord de la Tunisie que le Dixmude a poursuivi sa phase d’entraînement avec le Siphax. Après une escale au port de La Goulette, marquée par la visite du vice-amiral d’escadre Laurent Isnard, commandant la zone maritime Méditerranée, les deux marines se sont entraînées sur des évolutions tactiques (EVOLEX), des exercices de présentation au ravitaillement à la mer (PRERAM), ainsi qu’un exercice de visite de navire (VISITEX) associant les équipes des deux bâtiments.

Enfin, à l’occasion de son escale au Pirée, en Grèce, le PHA Dixmude a accueilli à son bord le Ministre de la défense nationale hellénique, l’Ambassadeur de France en Grèce ainsi que le chef d’état-major des armées, le chef d’état-major de la Marine et le chef d’état-major de l’armée de l’Air grecs. Cette escale a permis à l’équipage de préparer l’exercice Alexander the Great qui commencera dans quelques jours aux côtés des Grecs et des Américains.

Déployé depuis le 4 janvier 2020, le PHA Dixmude a également réalisé de nombreuses interactions avec les Américains, les Marocains et les Espagnols en Atlantique et en Méditerranée.

Les interactions qui ponctuent la campagne du Dixmude témoignent de la vitalité des coopérations militaires que la France entretient avec ses partenaires riverains du bassin méditerranéen. Ces différentes journées, consacrées à naviguer et s’entraîner de manière conjointe, sont l’occasion de parfaire les savoir-faire communs en permettant une meilleure connaissance mutuelle et en démontrant la variété des interactions que peut mener le porte-hélicoptères.

  • Ø La FREMM Bretagne en escale en Algérie

Une semaine après la visite du ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, la frégate multi-missions (FREMM) Bretagne, en route vers la zone d’opérations du groupe aéronaval, a fait escale à Alger du 28 au 29 janvier 2020.

Les marins algériens, au premier rang desquels le général-major Zine-Eddine Samah, commandant la façade maritime centre, ont ainsi pu découvrir la FREMM, bâtiment incarnant le renouvellement de la Marine nationale, et échanger avec les marins de la Bretagne sur les nombreux enjeux maritimes et opérationnels en Méditerranée.

Cette escale de la Bretagne à Alger, sa première en Méditerranée depuis son admission au service actif début 2019, a également permis de rendre hommage aux anciens combattants. Le premier conseiller de l’ambassade de France en Algérie et le commandant de la Bretagne ont ainsi remis, à bord, la croix du combattant à trois anciens marins franco-algériens. La participation à cette émouvante cérémonie du dernier survivant du drame de Mers-el-Kébir de juillet 1940, qui, alors officier marinier, a sauvé une dizaine de marins français de la noyade, a donné une forte dimension symbolique à cette escale.

CHAMMAL

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

L’opération Chammal se poursuit, et les Armées restent résolument engagées dans leur lutte contre l’organisation terroriste Daech.

Les avions français poursuivent leurs missions sur l’ensemble de la zone d’opération et ont été rejoints par le groupe aérien embarqué du porte-avions Charles de Gaulle.

ACTIVITÉ DE LA FORCE                                                                                        

  • Ø Le groupe aéronaval désormais engagé au Levant

Après son transit en Méditerranée orientale, le groupe aéronaval (GAN) constitué autour du porte-avions Charles de Gaulle en Task Force 473, est entré le mercredi 29 janvier en zone Chammal, le volet français de l’opération Inherent Resolve visant à lutter contre le terrorisme djihadiste.

Le porte-avions est accompagné de la frégate de défense antiaérienne Chevalier Paul, de la frégate multimissions Auvergne, du bâtiment de commandement et de ravitaillement Var, et de la frégate légère furtive Surcouf, et d’un sous-marin nucléaire d’attaque.

Lors du transit vers la Méditerranée orientale, le Groupe Aérien embarqué (GAé) est rapidement monté en puissance pour être en mesure d’entamer dès le 29 janvier les premiers vols en zone d’opérations, au-dessus de l’Irak. Ces vols allient capacités de reconnaissance, de renseignement, d’appui aux troupes au sol et de combat aérien, offrant un soutien aux troupes françaises déjà engagées dans l’opération Chammal, ainsi qu’aux membres de la coalition internationale de lutte contre Daech.

Le GAN a été engagé sur ce théâtre au cours des opérations Arromanches I, II et III et Clemenceau pour une durée totale de 15 mois entre 2015 et 2019.

Le GAN représente une capacité de projection au loin et dans la profondeur qui en fait un instrument stratégique unique et un outil de puissance politico-militaire pour la France. Il est capable de contribuer simultanément à la maîtrise des espaces aéromaritimes, à l’entretien de la capacité d’appréciation autonome de situation et à la projection de puissance.

  • Ø CHAMMAL : Le RAFALE, un avion polyvalent à réaction… immédiate

Les RAFALE du porte-avions viennent compléter le dispositif aérien de Chammal, composé des RAFALE de l’armée de l’Air, basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis.

Le RAFALE, avion de chasse ultra-polyvalent, est capable de remplir plusieurs missions : supériorité et défense aériennes, appui feu rapproché, frappe de précision, reconnaissance. L’appareil multirôles est capable d’accomplir toutes ces tâches au cours d’une seule et même mission.

Ainsi, sur une mission de Close Air Support (CAS), ou appui aérien rapproché, les RAFALE sont souvent amenés à faire, en plus de la protection de zone, de la défense aérienne et du renseignement. Avant, toutes ces missions n’étaient pas réalisables simultanément sur des avions comme le Mirage 2000.  

Depuis sa mise en service, le RAFALE a fait ses preuves en opération notamment en Afghanistan, en Libye, au Mali, en Irak et en Syrie, totalisant plus de 30 000 heures de vol. Sur le théâtre de l’opération Chammal, il se montre interopérable, c’est-à-dire qu’il est apte à combattre au sein d’une coalition en suivant des procédures communes. Le colonel Souberbielle, commandant la base aérienne projetée au Levant, en témoigne : « Le RAFALE est un avion fantastique. Notre objectif n’a pas changé ici, vaincre Daech et protéger la Force. En revanche, le théâtre est devenu complexe ; cela implique que les pilotes doivent parfois s’adapter et passer d’une mission à une autre en plein vol. Cette capacité de réaction immédiate est très appréciée de la Coalition ».

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 22 au 28 janvier inclus)

Les aéronefs français basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis poursuivent leurs actions contre Daech, au sein de la Coalition. Cette semaine, les Rafale engagés dans l’opération Chammal ont réalisé 16 sorties aériennes.

BARKHANE

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

Dans une logique d’approche zonale en Bande Sahélo-Saharienne, la force Barkhane poursuit son effort dans la région du Liptako-Gourma — grande comme un quart du territoire métropolitain français. L’action de Barkhane s’inscrit dans une approche globale en étroite collaboration avec les acteurs politiques, diplomatiques et économiques du Sahel.

ACTIVITÉ DE LA FORCE                                                                                         

  • Ø Opérations combinées dans le Liptako avec les forces armées maliennes

Du 8 au 23 janvier, le groupement tactique désert n° 2 « Walsh » a mené plusieurs opérations combinées dans le Liptako. Ces missions réalisées en coordination avec la composante aérienne et les forces armées maliennes (FAMa) se sont déroulées dans la région d’In Delimane. Un contrôle de zones périphériques pouvant servir de refuge aux groupes armés terroristes a également été mené.

Ces opérations se sont traduites par des déstabilisations simultanées du dispositif des groupes armés terroristes sur la totalité des approches d’In Delimane. La section des FAMa a participé à la totalité de la mission en intégrant un élément de liaison de la force Barkhane dans leur dispositif afin de permettre une meilleure coordination.

La force Barkhane a ainsi agi aux côtés des forces maliennes, constamment engagées dans des missions d’infiltration et de ratissage aux environs d’In Delimane. Un effort de surveillance a notamment été porté pendant le jour du marché hebdomadaire.

  • Ø Une délégation du Congrès américain en visite à Gao

Le 19 janvier, une délégation de membres du Congrès des États-Unis, conduite par M. Stephen Lynch, s’est rendue sur la base de Gao. Cette visite avait pour objectif de présenter la situation sécuritaire au Mali ainsi que le cycle d’exploitation du renseignement depuis sa collecte jusqu’à son exploitation dans le cadre des opérations de la force Barkhane.

La délégation américaine a assisté à un briefing sur l’opération Barkhane. Celui-ci leur a permis de mieux appréhender la réponse mise en œuvre pour faire face aux défis politico-sécuritaires en bande sahélo-saharienne, avec leurs partenaires du G5 Sahel, en soulignant le soutien structurant des États-Unis.

Le chef de corps allemand du bataillon ISR (Intelligence Surveillance and Reconnaissance) de la MINUSMA a également réalisé une présentation des capacités et des missions de son bataillon.

La délégation américaine, qui comprenait certains membres de l’ambassade US au Mali, s’est fait présenter les savoir-faire déployés et la capacité de Barkhane à intégrer ses alliés au sein de l’opération. À ce titre, deux officiers de liaison américains affectés au poste de commandement de N’Djamena ont témoigné de la qualité relationnelle et de l’enrichissement quotidien qui est le leur. Monsieur Stephen Lynch a en outre été particulièrement sensible au rapport investissement – efficacité du soutien militaire américain à l’opération Barkhane, qui contient la menace terroriste au Sahel.

  • Ø Focus sur le VBCI, un allié efficace pour les équipes médicales

Véritable appui aux militaires embarqués, le véhicule blindé de combat d’infanterie (VBCI) permet le débarquement au plus près de l’objectif. Sa version sanitaire augmente l’autonomie et l’efficacité des médecins et auxiliaires sanitaires lors de soins aux blessés.

Pesant 32 tonnes et doté d’un épais blindage, d’une autonomie de 750 km et d’une vitesse de pointe de 100 km/h, le VBCI peut être engagé de jour comme de nuit en assurant une capacité à durer. Le véhicule blindé peut être aménagé en fonction des besoins, comme ceux des groupes mortiers et antichars ou des équipes médicales qui accompagnent les soldats lors de leurs opérations.

La version sanitaire du VBCI permet au médecin d’emporter un matériel médical complet pour la prise en charge de plusieurs blessés et aux équipiers d’effectuer le brancardage grâce à la large porte arrière. Il offre en plus de meilleurs espaces de rangement et une meilleure protection au combat pour les personnels, ainsi que la possibilité d’effectuer des gestes simples en roulant grâce à la bonne stabilité du véhicule.

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 22 au 28 janvier inclus)

Les avions de la force Barkhane ont réalisé 100 sorties, parmi lesquelles 30 sorties de chasse, 38 sorties de ravitaillement/ISR et 32 missions de transport.

MANCHE — MER DU NORD

  • Ø TERRAPIN 20 : Français et Britanniques testent ensemble la chaîne d’alerte du contre-terrorisme maritime

Le 21 janvier, l’exercice franco-britannique TERRAPIN 20 s’est déroulé au sein du centre des opérations maritimes de l’état-major du commandant de la zone maritime Manche — mer du Nord, à Cherbourg.

L’objectif de cet entraînement conjoint était de tester, aux niveaux stratégique et opératif, en coordination avec les ministères concernés, la chaîne d’alerte dans le cadre d’un événement terroriste survenant à bord d’un navire dans la Manche. Cette procédure doit permettre l’information ainsi que la mise en relation des autorités et acteurs chargés de mettre en œuvre la réponse des Etats face à une telle crise.

Deux situations ont été testées : la première dans les eaux territoriales françaises avec la mise en alerte par le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez, un des acteurs principaux de la surveillance des activités en mer dans la Manche et mer du Nord ; la seconde visait le déclenchement d’une situation relayée par les garde-côtes britanniques dans leurs eaux territoriales.

Ces deux scénarii ont largement permis d’améliorer le circuit d’information des acteurs et décideurs, via le centre des opérations maritimes français (COM Cherbourg), le centre d’information maritime britannique (NMIC – National maritime information center), les autorités locales (Préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord côté français, et le Counter Terrorism Commander côté britannique), ainsi que l’ensemble des cellules interministérielles de crise française et britannique.

Au bilan, ces mises en situation ont permis d’affiner les connaissances de chacun sur l’organisation miroir de part et d’autre de la Manche, et de mettre à jour une matrice d’interconnexions de nos deux dispositifs.

TERRAPIN 20 est la deuxième édition de cet entraînement qui entre dans le cadre des relations bilatérales entre la France et le Royaume-Uni, notamment dans le domaine particulier de la planification conjointe d’une opération de contre-terrorisme maritime. Le rendez-vous est pris dans quelques semaines au sein du Home Office, à Londres, pour de nouveaux échanges, afin de renforcer encore la connaissance mutuelle des organisations et acteurs.