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Comme chaque semaine, l’État-major des Armées fait le point sur ses différentes opérations à travers la planète. Voici donc le point sur les opérations françaises entre le 10 et le 16 janvier 2020.

BARKHANE

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

L’actualité de Barkhane a été marquée par la tenue du Sommet de Pau, qui a réuni le lundi 13 janvier, le président de la République M. Emmanuel Macron, et ses homologues du G5 Sahel.

À cette occasion, les Chefs d’État ont réaffirmé leur détermination à lutter ensemble contre les groupes terroristes qui opèrent au Sahel. Ils ont également salué la mémoire des victimes civiles de leurs exactions, de même que celle des soldats africains, français et internationaux tombés dans l’accomplissement de leur mission. Ils ont ainsi rendu un hommage appuyé aux victimes de l’attaque du camp de Chinagodrar, au Niger, survenue le 9 janvier 2020. Au cours de cet évènement, Barkhane a apporté un appui aérien qui a contribué à faire fuir les djihadistes.

Les Chefs d’État ont convenu d’engager des discussions pour mettre en place un nouveau cadre politique, stratégique, et opérationnel pour la lutte contre les groupes terroristes, qui prendra la forme et le nom d’une « Coalition pour le Sahel », laquelle sera organisée autour de quatre piliers : le combat contre le terrorisme, le renforcement des capacités militaires des États de la région, l’appui au retour de l’Etat et des administrations sur le territoire, et enfin l’aide au développement.

Barkhane y prendra toute sa part, en particulier au sein du premier pilier, celui du combat contre les groupes armés terroristes. Cette coalition sera le catalyseur d’une coordination renforcée destinée à raccourcir les circuits de décision, notamment pour apporter un soutien plus rapide aux partenaires, et à favoriser la circulation du renseignement.

Par ailleurs, le président de la République, monsieur Emmanuel Macron, a annoncé l’envoi de 220 militaires en renfort de l’opération Barkhane.

Ce renfort répondra au besoin d’accentuer notre effort dans la région des « trois frontières », dans le cadre de l’approche zonale de Barkhane. Déployé à courte échéance, il sera essentiellement de nature terrestre, et sera composé de troupes aguerries, expérimentées et habituées à opérer au Sahel. Il permettra de renforcer la lutte contre les groupes armés terroristes qui sévissent dans la région, en particulier l’EIGS, dans le cadre d’un véritable partenariat de combat avec les forces locales. Il aura également pour vocation de permettre à Barkhane de répondre plus efficacement encore aux demandes d’assistance des forces du G5 Sahel.

L’origine de ces troupes, le calendrier et la zone de leur déploiement restent confidentiels à ce stade, afin de ne pas fournir de renseignements qui pourraient servir les intérêts des groupes armés terroristes. À terme, la forme et les missions de ce renfort pourront évoluer pour que Barkhane, qui est en perpétuelle adaptation, accueille et favorise le déploiement de nos partenaires, notamment dans le cadre de la Coalition, et au côté de la Task Force Takuba.

Actuellement, Barkhane poursuit son effort dans la région du Liptako-Gourma — grande comme un quart du territoire métropolitain français, qui s’est concrétisé cette semaine par une opération conjointe d’ampleur avec nos partenaires du G5 Sahel.

ACTIVITÉ DE LA FORCE

  • Ø Opération dans le Liptako-Gourma

Depuis le 2 janvier, la force Barkhane, aux côtés des forces armées maliennes, burkinabè et nigériennes, et de la force conjointe G5 Sahel a mené plusieurs opérations conjointes dans le Liptako et le Gourma. Au total, ce sont plus de 1000 soldats, dont la moitié issue des forces partenaires, qui ont participé à cette action contre les groupes armés terroristes et leur organisation logistique.

La force Barkhane, en coordination avec les forces partenaires, avait pour mission de contrôler le secteur de Tessit, et plus largement une grande partie de l’est du Gourma, tandis que la force conjointe G5 Sahel, opérant dans son propre secteur, avait pour mission d’en reconnaître et contrôler le sud. La coordination et l’attribution d’un secteur pour chaque force a permis de couvrir une large zone, déstabilisant ainsi plus largement les réseaux des groupes armés terroristes et bloquant leurs flux logistiques. En parallèle, la force Barkhane et les forces armées maliennes ont contrôlé le secteur d’In Delimane, dans le Liptako.

Cette opération a été marquée par une vaste opération héliportée de près de 150 soldats français qui a permis de ratisser sur plusieurs jours une vaste zone à proximité de la frontière burkinabè. Pendant toute la durée de l’opération, la force conjointe G5 Sahel a maintenu un dispositif face à la frontière bloquant tout terroriste cherchant à s’exfiltrer en franchissant les frontières.

Ces opérations ont permis la mise hors de combat d’une quinzaine de terroristes, de s’emparer ou de détruire trois pick-up, sept motos, une vingtaine d’armes dont 3 PKM, 10 Ak47, plus de 4500 munitions et divers matériels. Un drapeau de l’Etat islamique a également été saisi. Ces opérations, comme les précédentes, contribuent à assécher les ressources des groupes armés terroristes, et à désorganiser leur logistique, affaiblissant ainsi l’ensemble de leur organisation.

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 8 au 14 janvier inclus)

Les avions de la force Barkhane ont réalisé 115 sorties, parmi lesquelles 35 sorties de chasse, 43 sorties de ravitaillement/ISR et 37 missions de transport.

CHAMMAL

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

Les activités du pilier « formation » ont repris cette semaine, à un rythme adapté aux besoins des forces de sécurité irakiennes comme aux exigences de protection de la force, et les avions français poursuivent leurs missions sur la zone d’opération Chammal. Comme cela a été annoncé par les autorités politiques et militaires, la lutte contre l’organisation terroriste Daech demeure la priorité des Armées, en dépit des tensions au Levant.

  • Ø Réorganisation des Task Forces françaises à Bagdad

Déployées au sein de l’Opération CHAMMAL en Irak depuis mars 2015, les Task Forces françaises Narvik et Monsabert se réorganisent, à compter du 20 janvier 2020, sous la forme d’une Task Force Monsabert « nouvelle génération » regroupant l’ensemble des formateurs sous une seule entité. Cette restructuration est le fruit d’une planification initiée depuis plusieurs semaines.

  • Poursuivre l’instruction au profit de l’ICTS depuis Monsabert

Présente au plus près de l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS) depuis près de cinq ans, les militaires de la Task Force (TF) Narvik se préparent donc à passer sous le commandement de la TF Monsabert.

En moins de 5 ans, la TF Narvik aura apporté son expertise à plus de 13 800 soldats irakiens, qu’ils soient de l’Académie de l’ICTS ou des bataillons opérationnels. L’ICTS appelée aussi la « Golden division » est en première ligne de la lutte contre Daech et a participé aux combats de Ramadi, Hit, Mossoul ou encore Falloujah. Au total, 9500 militaires et 400 instructeurs auront été formés par la TF Narvik dans des domaines aussi divers que la lutte contre les IED (enquête post-attaque), le renseignement (recherche d’indices, recueil d’informations, photographie), le combat en milieu clos (combat en zone urbaine, corps-à-corps, bêchage et effraction), le tir longue distance, l’usage des mortiers, la pédagogie, la topographie ou encore le secourisme de combat. 3900 soldats de l’ICTS auront également bénéficié de perfectionnement dans ces mêmes domaines.

  • Rassembler les forces pour optimiser la formation des forces armées irakiennes

L’objectif de cette réorganisation planifiée est de rassembler les militaires français de l’Opération CHAMMAL déployés à Bagdad sous une seule et même entité : la TF Monsabert. Elle répond à l’atteinte des objectifs assignés à la TF Narvik, les deux premières écoles de l’ICTS ayant acquis leur autonomie et atteint un niveau satisfaisant.

Cette nouvelle structure doit favoriser l’optimisation la formation au profit des forces armées irakiennes en regroupant l’ensemble des instructeurs et formateurs de chaque spécialité, pour collaboratif renforcé. Il apportera en outre une vision élargie sur les stages à proposer et sur leur contenu. L’attention sera par ailleurs portée sur les formations à forte valeur ajoutée, sur le haut du spectre.

Les formations conduites au profit de la troisième école de l’ICTS, de la 6e division d’infanterie irakienne et de l’école d’artillerie irakienne seront directement pilotées depuis la nouvelle TF Monsabert qui poursuivra sa participation aux piliers « advise & assist » (conseil et formation). L’objectif reste de lutter contre Daech et les groupes armés terroristes, mais aussi de permettre aux forces armées irakiennes de devenir totalement autonomes dans la protection de leur territoire.

ACTIVITÉ DE LA FORCE                                                                                        

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 8 au 11 janvier inclus)

Les aéronefs français basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis poursuivent leurs actions contre Daech, au sein de la Coalition. Cette semaine, les Rafale engagés dans l’opération Chammal ont réalisé 18 sorties aériennes.

DAMAN

  • Ø Une année 2019 riche pour l’opération Daman !

Dans le cadre de l’opération Daman, près de 700 militaires français et une compagnie d’infanterie finlandaise contribuent à la force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) en armant une partie de son état-major et la Force Commander Reserve de l’opération. Cette unité de réserve et d’intervention de la FINUL réalise ses missions sur l’ensemble de la zone du Sud-Liban en étroite coopération avec les forces armées libanaises.

Au cours de l’année 2019, les soldats de la FCR de l’opération DAMAN ont accompagné les Forces Armées Libanaises (FAL) sur 1460 patrouilles conjointes, de jour comme de nuit, afin de permettre le respect de la résolution 1701 de l’ONU et la sécurisation de la frontière (Blue Line). La FCR dispose en effet de capacités uniques au sein de la FINUL qui lui permettent de surveiller l’espace aérien grâce à des moyens de surveillance déployés au Sud Liban.

Par ailleurs, la FCR aura conduit près de 160 journées d’entraînements conjoints avec les FAL en 2019.

Ces entraînements s’inscrivent dans une logique d’échange de savoir-faire, visant à développer l’interopérabilité des deux armées. Ainsi, 63 formations conjointes d’une journée à une semaine ont été réalisées. Il s’agit principalement de maîtriser les techniques individuelles (ISTC, sauvetage au combat, TIOR), mais également de partager les compétences spécialisées (techniques cynophiles, lutte contre-IED, NRBC, lutte contre les incendies).

Enfin, les soldats de la FCR sont quotidiennement au contact de la population. En 2019, les équipes de la FCR ont visité 61 villages. Ces visites permettent de rencontrer les autorités locales et de conduire des actions de coopération civilo-militaire.

19 projets liés aux travaux d’infrastructure ont été réalisés. La FCR a notamment rénové des salles de classe d’écoles primaires, aménagé des lieux de convivialités, créé des jardins publics pour enfants et développé des systèmes d’éclairage public.

La FCR a aussi conduit 361 actions santé (livraison de matériel médical, formation aux premiers secours, mise en place de réservoir, filtre et purificateur d’eau, action en faveur de la gestion des déchets, livraison de groupe électrogène) et dans le cadre de l’éducation (don de fournitures éducatives, livres, ordinateurs, tableaux, meubles, prévention sécurité routière). Enfin, la FCR organise de nombreux évènements sociaux (kermesses, évènements culturels et sportifs) afin d’entretenir ses liens d’amitié ancestraux avec le Liban.

INTERACTIONS FRANCO-US en MÉDITERRANÉE

Le déploiement du PHA Dixmude en Méditerranée a été l’occasion d’effectuer une manœuvre inédite avec l’armée américaine.

Avant de franchir le détroit de Gibraltar, le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Dixmude, déployé depuis le 4 janvier 2020, a accueilli un V-22 Osprey américain basé à Moron, en Espagne, pour une séance de touch and go (manœuvres de poser-décoller).

Cette séance a été très profitable pour l’ensemble des équipes du pont d’envol pour le maintien des savoir-faire de mise en œuvre d’hélicoptères très lourds, et aura permis d’entretenir l’interopérabilité entre les deux nations.

Cet appareil, développé par Bell et Boeing pour les besoins de l’armée américaine, a la particularité d’être le premier aéronef hybride, croisement d’un avion de transport et d’un hélicoptère.

La technologie du tilt-rotor répond à une des questions les plus sensibles de l’évolution de l’aéronautique : comment associer la vitesse et l’autonomie de l’avion à la capacité d’atterrissage et de décollage vertical de l’hélicoptère.

ÉLÉMENTS FRANÇAIS AU GABON

  • Ø Formation au leadership pour les cadres de l’armée nationale tchadienne

Du 3 au 12 décembre 2019, un détachement du 6e bataillon d’infanterie de marine des éléments français au Gabon (EFG), s’est rendu à N’Djamena au groupement des écoles militaires interarmes (GEMIA) afin d’y conduire une formation à l’exercice de l’autorité (FEXA) au profit de cadres de l’armée nationale tchadienne.

Ce stage a permis la remise à niveau et le perfectionnement d’une vingtaine d’officiers et de sous-officiers tchadiens. Ces cadres, eux-mêmes instructeurs au sein des différentes écoles militaires tchadiennes, forment quotidiennement de nombreux élèves et les préparent aux opérations militaires qu’ils mènent sur leur territoire aux côtés des militaires de l’opération Barkhane et au sein d’opérations de maintien de la paix dans de nombreux pays d’Afrique. Les EFG qui ont fait de la formation des formateurs une priorité ciblent particulièrement ce type de profils.  

La formation s’est déroulée en deux phases. Les stagiaires ont d’abord assisté à des cours théoriques sur le commandement, les outils et les méthodes pédagogiques de l’instructeur ainsi qu’à une formation sur la conduite d’une instruction.

Les cadres tchadiens ont pu, dans un deuxième temps, mettre en pratique leurs connaissances nouvellement acquises en préparant et en présentant individuellement des cours théoriques. Ces restitutions, notées, ont permis de réaliser une appréciation personnalisée sur les qualités et les défauts de chacun dans le rôle d’instructeur.

Au-delà des savoir-faire techniques, les stagiaires ont été sensibilisés à l’importance du savoir-être dans l’exercice du commandement, basé sur le comportement personnel, l’intelligence de situation et la force de caractère. Cette formation s’inscrit dans la mission des EFG qui vise à renforcer la capacité opérationnelle des pays partenaires en permettant aux unités constituées, et notamment aux cadres de contact, de développer leurs facultés à anticiper, programmer et délivrer des activités d’instruction et d’entraînement.

Durant l’année 2019, les EFG ont formé 1131 militaires de l’armée nationale tchadienne et ont conduit 48 actions de formations sur le territoire national tchadien.

FORCES ARMÉES AUX ANTILLES

  • Ø Participation à la lutte contre la dengue* en Guadeloupe

Depuis juillet 2019, 749 cas de dengue ont été confirmés dans l’archipel dont 265 pour le seul mois de décembre. Face à la situation actuelle, le préfet de la Guadeloupe a demandé le concours des forces armées aux Antilles (FAA) pour appuyer l’Agence régionale de santé (ARS) dans sa lutte contre la prolifération de la maladie.

En réponse à cette demande et en coordination avec le ministère des outre-mer, un détachement du régiment du service militaire adapté (RSMA) de la Guadeloupe a été placé directement sous les ordres du commandant supérieur des forces armées aux Antilles.

Depuis le 13 janvier, le RSMA a engagé 5 à 7 équipes pour aider les différents services de l’État déjà à l’œuvre pour agir aux côtés de la population.

Ces équipes participent à la sensibilisation des habitants des communes les plus touchées et contribuent à l’élimination des réservoirs d’eaux stagnantes qui peuvent accueillir les larves du moustique.

L’action des jeunes du RSMA, formés pour l’occasion, devrait permettre de ralentir la prolifération de l’insecte.

*Maladie infectieuse aiguë transmise par le moustique Aèdes, la dengue classique provoque une forte fièvre, des maux de tête, des douleurs articulaires ou musculaires et une fatigue. La majorité des cas sont sans complications, mais la maladie peut évoluer vers des formes sévères (comme la dengue hémorragique).