Point de situation des opérations du 13 au 19 décembre 2019

[EMA]
Temps de lecture estimé : 10 minutes

Comme chaque semaine, l’État-major des Armées fait le point sur ses différentes opérations à travers la planète. Voici donc le point sur les opérations françaises entre le 13 et le 19 décembre 2019.

LUTTE CONTRE LE NARCOTRAFIC

Plusieurs saisies majeures de produits stupéfiants ont été effectuées ces dernières semaines par les bâtiments de la Marine nationale, aux Antilles et dans l’océan Indien.

Ainsi, la frégate de surveillance Ventôse a saisi plus de 300 kg de substances illicites en mer des Caraïbes au cours d’une mission de lutte contre le trafic de stupéfiants, au titre de l’Action de l’État en mer. Ces opérations permettent de souligner la bonne coordination de l’ensemble des services de l’État dans les différentes phases qui se sont succédées, du recueil de renseignement à l’interception puis la remise aux autorités judiciaires : Marine nationale, forces armées aux Antilles, police et justice.

De son côté, la frégate de type La Fayette Courbet, a saisi plus de 3,5 t de résines de cannabis le vendredi 13 décembre, au large du golfe d’Oman. Agissant en soutien direct de la CTF150, et sous contrôle opérationnel du commandant de la zone maritime « océan Indien » (ALINDIEN), le Courbet a repéré, sur la base de renseignements, un boutre suspect navigant sans pavillon. Après interception, l’équipe de visite a décelé 172 ballots de résine cachés dans les soutes à carburant. Il s’agit de la plus grande saisie française cette année dans la région.

Au total, en 2019, la Marine nationale aura saisi — à ce jour — près de 16,5 t de produits stupéfiants, avec 1,26 t de cocaïne, 1,43 t d’héroïne, et 13,73 t de cannabis. Grâce à cet effort interarmées et interministériel, ce sont autant de produits stupéfiants qui ne circuleront pas sur notre territoire et qui n’alimenteront pas les finances des réseaux terroristes mondiaux.

FORCES ARMÉES EN GUYANE

OPERATION HARPIE – LUTTE CONTRE L’ORPAILLAGE ILLEGAL

  • Opération « PIMAN » : neutralisation des flux logistiques garimpeiros en Guyane

Une opération de grande envergure de lutte contre l’orpaillage illégal – véritable fléau économique, social et environnemental – a été conduite par les forces armées en Guyane du 25 novembre au 6 décembre 2019. Cette opération, qui a déployé plus de 400 marsouins du 9e régiment d’infanterie de marine (9e RIMa), a été menée conjointement avec la gendarmerie nationale et la base aérienne 367. Dans la continuité des opérations précédentes et du travail permanent dans la zone, l’opération « PIMAN » avait pour objectif de neutraliser les flux logistiques des orpailleurs illégaux dans les couloirs de mobilité sur la piste Paul Isnard et le fleuve MANA.

Les compagnies du 9e RIMa, en appui des forces de sécurité intérieure, ont minutieusement ratissé une zone de 80 km de front sur 100 km de profondeur, fouillant et détruisant systématiquement les chantiers, les campements et les caches au fur et à mesure de leur progression. L’opération « PIMAN » a vu le déploiement de deux compagnies et de plusieurs détachements spécialisés tels que les commandos de recherche et d’action en jungle, les équipes cynotechniques, la section fluviale ou encore les plongeurs de combat du génie.

Reconnaissance aérienne, reconnaissance fluviale, reconnaissance terrestre en quads et en P4, reconnaissance pédestre après insertion par les hélicoptères de manœuvre PUMA de l’Armée de l’air ou encore dispositifs d’interception après mise en place par aérocordage, tous les moyens et modes opératoires ont été mis en œuvre pour traquer sans relâche les garimpeiros au cœur de la jungle guyanaise. Leurs cibles : le matériel d’orpaillage et l’or volé d’abord, mais également et surtout la logistique permettant aux orpailleurs de poursuivre leurs activités dans la région.

Avec 10 détachements engagés, le 9e RIMa a quadrillé la zone d’opération faisant effort sur chaque axe logistique pouvant être emprunté par les garimpeiros. 

L’opération « PIMAN » est venue maintenir l’asphyxie de l’orpaillage illégal en Guyane. Au bilan, elle a permis la destruction ou la saisie de 200 carbets clandestins, de 13 000 litres de carburant, de 25 moteurs, de 7 quads ou encore de 8 pirogues. Au-delà du bilan chiffré réalisé, la combinaison des effets de toutes les composantes a conduit à éteindre pour plusieurs semaines les activités d’orpaillage illégal sur l’ouest guyanais, perturbant durablement les flux logistiques et gênant dans leur réapprovisionnement les orpailleurs illégaux.

  • Ø « AZTÈQUE »opération coup de poing contre l’orpaillage illégal

Sur le fuseau Est, la section d’aide à l’engagement débarqué (SAED) du 3e régiment étranger d’infanterie a conduit du 10 au 13 décembre, à environ une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Camopi, l’opération « AZTÈQUE ». Il s’agissait ici d’une opération coup de poing, mobilisant 12 légionnaires et quatre gendarmes déployés en pleine forêt par moyen héliporté avec insertion en aérocordage.

Une phase d’infiltration de jour puis de nuit a permis de déceler des installations actives liées à l’orpaillage illégal, incluant du matériel logistique ainsi que des puits. Lors de cette opération, la gendarmerie a procédé à la destruction de 7 carbets ainsi qu’à l’interpellation de 12 orpailleurs clandestins. 2 pirogues, 2 propulseurs, 300 litres de carburant, 50 kg de matériel d’orpaillage ainsi que de l’armement et des munitions ont également été saisis.

EFP — ESTONIE

DÉSENGAGEMENT ET RETOUR EN FRANCE DES MILITAIRES DE LYNX

En cette fin du mois de décembre, le mandat Lynx 6 achève une manœuvre d’ampleur : le rapatriement de l’ensemble du matériel et des véhicules, notamment les chars Leclerc et les VBCI, de l’Estonie vers la France.

Cette opération logistique conclut un engagement très riche. Déployée depuis mai, la mission Lynx a vu deux mandats se succéder en 2019, les marsouins du 2e régiment d’infanterie de marine prenant la suite, en septembre, des légionnaires du 2e régiment étranger d’infanterie. Sur cette période, les militaires français ont réalisé 102 jours d’exercices, à plusieurs échelles, du groupe à la brigade. 24 jours d’entraînement ont été effectués en Lettonie, et 3 en Lituanie. Ce sont en tout 22 exercices qui ont été conduits, dont 16 avec les Alliés, ce qui a permis de travailler notre interopérabilité.

Le rapatriement en France a mobilisé une centaine de véhicules et environ 120 containers, qui ont été répartis dans cinq trains militaires, chacun ayant une ou plusieurs destinations en France.

Le trajet s’est effectué en deux étapes principales, car il a fallu effectuer une manœuvre de transbordement non loin de la frontière entre la Lituanie et la Pologne. En effet, les réseaux ferroviaires diffèrent techniquement, notamment par l’écartement des rails.

Les opérations de désengagement requièrent des savoir-faire spécialisés de la part des logisticiens et des pilotes de véhicules prenant part à l’opération. C’est la raison pour laquelle les soldats de Lynx 6 ont été appuyés par des spécialistes voie ferrée du Centre des Transports et Transits de Surface (CTTS), dépêchés pour l’occasion.

Le départ du mandat Lynx 6 ne marque pas la fin de la présence française dans les pays baltes en 2020. En effet, la France déploiera de mai à août un détachement de 4 Mirage 2000-5 à Amari (Estonie) dans le cadre de la mission de police du ciel de l’OTAN baptisée « Enhanced Air Policing ». D’autre part la France déploiera un contingent Lynx en Lituanie à compter de juin, sous commandement allemand.

CHAMMAL

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

L’opération Chammal, volet français de l’Opération Inherent Resolve, se poursuit. Les armées restent résolument engagées dans leur lutte contre l’organisation terroriste Daech.

Les avions français poursuivent leurs missions sur la zone d’opération Chammal, et le volet « conseil et formation » des forces de sécurité irakiennes se poursuit grâce à l’action des Task Forces Monsabert et Narvik à Bagdad. Cet appui contribue à la lutte contre Daech et participe à la sécurisation de l’Irak.

ACTIVITÉ DE LA FORCE                                                                                        

  • Ø La Task Force Narvik forme les Irakiens au prélèvement d’indices en cas d’explosion terroriste

Durant le mois de décembre, dans le cadre du stage « enquête post-attaque », les sapeurs du génie de la Task Force Narvik ont formé l’Iraqi Counter Terrorism Service (ICTS) au prélèvement d’indices suite à une explosion fictive d’engin explosif improvisé. Cette formation s’inscrit dans le cursus intitulé : « Conseil en faveur de la lutte anti-terroriste ».

Une fois arrivé sur le site de l’explosion fictive, le groupe d’enquêteurs a dû définir un secteur de recherche en délimitant clairement la zone d’investigation. Les sapeurs du génie ont auparavant expliqué la procédure minutieuse à suivre afin de collecter les indices témoignant de la présence d’explosif, de matériel et d’activité humaine.

Ces indices ont ensuite été ramenés en base arrière pour une étude plus « approfondie » avec du matériel et des technologies scientifiques qui doivent permettre de reconstituer le dérouler de l’explosion.

Cette instruction dispensée par des spécialistes militaires français de la lutte contre les engins explosifs improvisés permet d’apporter les conseils nécessaires à l’optimisation de la lutte des forces armées irakiennes contre les attentats terroristes. Le personnel de l’Iraqi Counter Terrorisme Service (ICTS), formé par la Task Force Narvik dans le cadre de l’opération Chammal, intervient régulièrement sur les sites d’explosion liés aux attentats terroristes. Ils sont par ailleurs presque toujours en première ligne dans le combat contre Daech.

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 11 au 17 décembre inclus)

Les aéronefs français basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis poursuivent leurs actions contre Daech, au sein de la Coalition. Cette semaine, les Rafale engagés dans l’opération Chammal ont réalisé 20 sorties aériennes.

BARKHANE

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

Dans une logique d’approche zonale en Bande Sahélo-Saharienne, la force Barkhane poursuit son effort dans la région du Liptako-Gourma — grande comme un quart du territoire métropolitain français. L’action de Barkhane s’inscrit dans une approche globale en étroite collaboration avec les acteurs politiques, diplomatiques et économiques du Sahel.

Cette semaine, Barkhane et ses partenaires ont maintenu un rythme opérationnel soutenu dans le Liptako-Gourma, face à une menace terroriste toujours active et déterminée à chasser l’Etat de cette région.

Ces opérations sont le reflet de la stratégie de Barkhane, qui repose sur trois objectifs complémentaires et convergents : la lutte contre les groupes armés terroristes, pour les mettre à portée des armées locales ; l’accompagnement de ces forces partenaires, pour qu’elles s’approprient cette lutte et gagnent la confiance de la population ; l’action au profit des Sahéliens, afin de limiter l’influence des groupes armés terroristes et d’améliorer les conditions de vie.

Barkhane continue de s’adapter pour répondre à cet impératif, en frappant durement les groupes armés terroristes, et en poursuivant son effort auprès des forces partenaires, en les accompagnant au combat

ACTIVITÉ DE LA FORCE

  • Ø BARKHANE en opération dans le Liptako-Gourma…

Du 6 au 20 décembre, la force conjointe G5 Sahel (FCG5S), les forces armées maliennes (FAMa), les forces armées nigériennes (FAN) et la force Barkhane ont mené des opérations conjointes dans le Liptako et dans le Gourma pour lutter contre les groupes armés terroristes (GAT), réduire leur empreinte et perturber leurs réseaux logistiques. Environ 1000 militaires ont participé à ces opérations dont la moitié sont issus des forces partenaires.

Dans le Liptako, les forces armées maliennes, appuyées par le groupement tactique désert n° 2 (GTD-2) de la force Barkhane, se sont concentrés sur la région d’In Delimane, secteur où sévit l’EIGS. Ils ont ratissé la forêt d’Awagate et la vallée d’In Chakamak puis ont infiltré de nuit l’oued Erenga, surprenant le dispositif des groupes armés terroristes. En procédant au ratissage de cette zone, trois pick-up et trois caisses de munitions ont été découverts. La suite de l’opération a permis de détruire 6 motos et de saisir un AK47 et des chargeurs pleins. Enfin, les éléments du génie ont effectué la vérification de non-pollution du camp des forces armées maliennes d’In Delimane et ont procédé à la destruction d’UXO (Unexploded Ordnance), des munitions non explosées.

Dans le Gourma, les forces armées maliennes et le groupement tactique désert n° 1 (GTD-1) ont reconnu l’axe de Gao à Tessit. Au cours de leur progression, la fouille d’un camp a permis de découvrir deux détonateurs. Après avoir atteint Tessit et ratissé la ville, les militaires maliens et français ont réalisé une aide médicale à la population. Les éléments français et maliens ont poursuivi leur reconnaissance vers Lelehoye, village situé à proximité du fleuve Niger et point de franchissement entre le Liptako et le Gourma, bloquant ainsi les flux logistiques des groupes armés terroristes. Dans la région de Labezzanga, la force conjointe G5 Sahel et la force Barkhane ont réalisé un contrôle de zone.

Cette opération aura permis de maintenir une pression constante sur les groupes armés terroristes et de contrarier leurs réseaux logistiques.

En marge de ces actions, Barkhane a conduit une action héliportée d’opportunité dans le Liptako, dans la région de Menaka, dans la nuit du 14 au 15 décembre. Cette opération a permis de mettre hors de combat une dizaine de membres de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), de saisir de l’armement et du matériel électronique.

  • Ø … et au Burkina Faso

Le 9 décembre, la force Barkhane a conduit avec succès une opération d’opportunité au nord du Burkina Faso, dans une région où sévit plus particulièrement le groupe terroriste Ansarul Islam.

Après avoir repéré un regroupement d’individus, armés et équipés de motos, préparant manifestement une attaque d’ampleur, une patrouille de Mirage a été engagée et a délivré quatre bombes, au nord du Burkina Faso. Une quinzaine de terroristes et leurs motos ont ainsi été neutralisés. De l’armement a également été détruit au cours de cette action. 

Cette action de Barkhane porte un nouveau coup sévère aux groupes armés terroristes au Burkina Faso.  

  • Ldétachement d’hélicoptères danois MERLIN opérationnel

Un nouveau partenaire européen s’est joint à Barkhane pour œuvrer à la stabilité du Sahel en luttant contre les groupes armés terroristes. Le 17 décembre, le détachement d’hélicoptères danois à Gao a atteint sa capacité opérationnelle initiale (IOC). Le premier MERLIN est désormais en mesure de réaliser des missions au profit de l’opération Barkhane. Le second hélicoptère danois est arrivé le 18 décembre.

Le détachement danois, composé de 70 militaires, et donc de deux aéronefs est rattaché au groupement tactique désert aérocombat (GTD-A), situé à Gao. Il apportera un soutien logistique aux opérations françaises.

Pour que cette capacité initiale puisse être atteinte, les équipages danois ont réalisé avec succès plusieurs vols techniques ainsi que des vols d’acclimatation. Une zone dédiée à la mission du détachement danois a été préparée pour accueillir les appareils avec la construction d’un premier hangar et d’un Tactical opération Centre (TOC).

Le Parlement danois avait validé le 25 octobre ce déploiement. Les hélicoptères de manœuvre tels que les Merlin, qui sont capables de transporter jusqu’à 30 fantassins ou 5 tonnes de fret, constituent une capacité essentielle pour l’opération Barkhane, compte tenu de l’étendue de sa zone d’action.

  • Ø Arrivée de L’Atlantique 2 sur la base aérienne projetée de Niamey

Le 15 décembre, un Atlantique 2 de la Marine nationale s’est posé sur la base aérienne projetée de Niamey au Niger. Son équipage va œuvrer pendant plusieurs mois au profit de la force Barkhane.

Appareil à l’origine de patrouille maritime à long rayon d’action, l’avion Atlantique (ATL2) est cependant régulièrement engagé au Sahel au profit de l’opération Barkhane. Dans cette configuration, il appuie les opérations des forces terrestres. En effet, grâce à ses capacités ISR (intelligence, surveillance and reconnaissance), l’aéronef de la Marine nationale vient compléter l’action de la composante aérienne mise en œuvre sur le théâtre de Niamey.

Il peut également participer également à des vols de reconnaissance et assurer des missions de coordination de l’action des Mirage 2000 D. Il peut enfin conduire des actions offensives en autonome.

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 11 au 17 décembre inclus)

Les avions de la force Barkhane ont réalisé 102 sorties, parmi lesquelles 37 sorties de chasse, 25 sorties de ravitaillement/ISR et 40 missions de transport.