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Comme chaque semaine, l’État-major des Armées fait le point sur ses différentes opérations à travers la planète. Voici donc le point sur les opérations françaises entre le 15 et le 21 novembre 2019.

BARKHANE

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

En ce début de saison sèche, la situation militaire du théâtre des dernières semaines se caractérise par une forte activité opérationnelle, dans le Liptako et le Gourma, activité opérationnelle qui a conduit à des résultats tangibles sur le terrain, pour Barkhane mais aussi et surtout pour les forces partenaires, et en premier lieu la force conjointe du G5 Sahel.

Cette semaine a également été marquée par les embuscades meurtrières montées par les groupes armés terroristes contre les forces armées maliennes, dans le Liptako, ce lundi 18 novembre. A leur demande, la force Barkhane a engagé successivement une patrouille d’hélicoptères Tigre puis de chasseurs Mirage 2000 au profit des soldats maliens déployés dans une vaste opération conjointe entre forces armées maliennes et nigériennes, à proximité de leur frontière commune. La réactivité des patrouilles a permis de neutraliser des terroristes armés et mettre hors d’état des ressources diverses, en deux actions distinctes. 

L’armée malienne a, par ailleurs, pu compter sur l’appui au sol des forces armées nigériennes.

De façon générale, le nombre des attaques n’a pas nécessairement augmenté, mais elles sont de toute évidence plus meurtrières. Et ce sont les forces armées maliennes qui en paient le prix le plus lourd.

Elles sont plus meurtrières car l’ennemi fait face à une armée qui est jeune, dont l’équipement est perfectible, et qui est en voie d’opérationnalisation. Elles sont plus meurtrières également parce que l’armée malienne conteste le terrain des groupes armés terroristes. Les forces armées maliennes veulent s’implanter dans le Liptako, dont elles étaient absentes il y a quelques mois encore.

Il est de notre devoir de les accompagner, de souligner leurs efforts et leurs résultats, comme lors de Bourgou 4, ou la reprise du camp de Boulkessi, mais également de les soutenir lors des épisodes douloureux, qui sont malheureusement une facette de leur montée en puissance.

Il est de notre devoir de les accompagner pour occuper le terrain, défendre leurs postes et contrôler les zones. Cette mission est la première pierre du retour à la gouvernance, mais aussi une étape incontournable pour que les FAMA puissent rassurer et gagner la confiance des populations, dont l’impatience est palpable et légitime.

C’est l’occasion de revenir sur la stratégie de Barkhane, qui s’adapte à la situation, et qui est en adéquation avec les effets recherchés.

  • Ø Retour sur la stratégie de Barkhane

La stratégie sahélienne de la France vise à ce que les Etats partenaires acquièrent la capacité d’assurer leur sécurité de façon autonome. Au niveau politique, elle repose sur une approche globale, fondée sur le triptyque politique, sécurité et développement, appelé également « Approche 3D », pour Défense, Diplomatie et Développement.

Le volet militaire est porté par l’opération Barkhane, conduite par les Armées françaises, avec le concours et le soutien de partenaires internationaux. Ce volet militaire, repose sur une stratégie zonale de résolution de crise, avec un effort concentré sur la région du Liptako-Gourma, tout en restant capable d’intervenir dans l’ensemble de la bande sahélo-saharienne en tant que de besoin.

La situation, comme le théâtre, sont complexes. Le milieu est éprouvant pour les hommes et le matériel. Les groupes armés terroristes constituent un ensemble hétérogène de combattants affiliés ou non à des franchises terroristes internationales, qui exploitent les défauts de gouvernance dans certaines régions et s’en prennent indistinctement aux cibles militaires et civiles. Enfin, les populations résidant au Sahel se caractérisent par une grande diversité sociale et ethnique mais partagent les mêmes difficultés d’accès aux ressources essentielles rendues encore plus compliquées en raison de l’action des groupes armés terroristes.

La complexité de cet environnement amène donc BARKHANE à dépasser le cadre de la lutte contre les groupes armés terroristes, et à mettre en œuvre des actions ciblées regroupées sous trois objectifs distincts mais convergeant vers le même état final recherché.

La lutte contre les groupes armés terroristes constitue le premier objectif.

Elle vise à réduire la menace terroriste et à entraver la liberté d’action des groupes armés terroristes en les privant de leurs moyens de combat, par le démantèlement de leurs caches d’armement, de munitions, d’explosifs et de moyens de communication.

Le deuxième objectif est l’appui aux armées partenaires.

Le but est de mettre les groupes armés terroristes à portée des armées des pays du G5. Cette priorité vise à appuyer la montée en puissance et le redéploiement de nos partenaires jusqu’à ce qu’ils puissent prendre l’ascendant de manière durable. Notre action auprès de nos partenaires suppose d’une part de les former, de les équiper et de les accompagner au combat. Elle suppose d’autre part de pouvoir les appuyer directement sur le terrain dans les domaines du renseignement, du commandement ou de l’appui aérien.

Le troisième objectif est l’action au service de la population.

Cette intention vise à réduire la capacité d’influence des groupes armés terroristes et à encourager les populations à se tourner vers les armées partenaires pour assurer leur sécurité. Par son action BARKHANE cherche à créer les conditions du retour de l’Etat, des services publics et du développement et apporte une aide directe à la population.

Ces trois objectifs convergent et sont évidemment étroitement liés : l’affaiblissement des groupes armés terroristes passent nécessairement par l’établissement d’un lien de confiance entre les populations et leurs armées.

Cette stratégie militaire n’est qu’une partie d’une réponse plus globale qui inclut le développement économique et le retour de la gouvernance. Elle s’adapte aux réalités du terrain, à un adversaire dont le visage a changé et aux besoins évolutifs de nos partenaires.

Elle nécessite, comme la ministre des Armées et le chef d’état-major des Armées l’ont rappelé, patience stratégique et détermination.

ACTIVITÉ DE LA FORCE

  • Ø Retour sur l’opération majeure Bourgou 4

Pour mémoire, du 1er au 17 novembre, la force conjointe du G5 Sahel, les forces armées du Burkina Faso et les forces armées maliennes, appuyées par le groupement tactique désert « Acier », ont mené l’opération BOURGOU 4, dans les régions de Déou au Burkina Faso et de Boulikessi au Mali. Au total, l’opération BOURGOU IV a permis de mettre hors de combat plus d’une vingtaine de terroristes, ainsi que la saisie de 64 véhicules, d’une centaine de téléphones et de munitions.

Ce qu’il faut souligner, c’est le taux de participation des forces partenaires, et surtout la montée en puissance de la force conjointe du G5 Sahel. En effet, un peu plus de 1400 soldats burkinabés, maliens, nigériens et français ont participé à cette opération. Plus de la moitié des effectifs impliqués étaient des militaires des forces partenaires, ce qui représente une participation inédite pour une opération de cette ampleur.

  • Ø Retour sur une action d’opportunité dans le Liptako.

Le 16 novembre 2019 au petit matin, dans le cadre d’une action de reconnaissance menée au cœur du Liptako malien dans la zone d’évolution de l’état islamique au grand Sahara (EIGS), la force Barkhane a mis hors de combat 5 terroristes dans la région d’In Delimane, après une infiltration de nuit à travers un terrain difficile.

Cette opération faisait suite à l’observation de mouvements de groupes armés terroristes dans le Liptako et a été déclenchée sur un campement suspect situé à une vingtaine de kilomètres au sud d’In Délimane. Au petit matin, l’assaut a été donné avec l’appui des hélicoptères Tigre du groupement tactique désert aérocombat, conduisant à la mise hors de combat des terroristes.

Durant cette action un des commandos a été grièvement blessé. Rapatrié en France, son pronostic vital est toujours réservé.

Quatre motos, de l’armement de type AK47, et de nombreuses ressources (explosifs, chargeurs, gilets pare – balles…) ont également été saisies ou détruites durant cette opération

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 13 au 19 novembre inclus)
    • Ø Les avions de la force Barkhane ont réalisé 74 sorties, parmi lesquelles 21 sorties de chasse, 26 sorties de ravitaillement/ISR et 27 missions de transport.

ZONE MARITIME MÉDITERRANÉE

PEAN 2019 : DÉPART IMMINENT DE L’ENTRAÎNEMENT MAJEUR DU GROUPE AÉRONAVAL

Du 25 novembre au 6 décembre 2019, la Marine nationale conduit en mer Méditerranée un entraînement majeur, baptisé PEAN 19 (Période d’Entraînement Aéronaval).

PEAN 19 est l’entraînement tactique final de haute intensité du groupe aéronaval (GAN) avant son déploiement début 2020. Il marque la capacité du GAN à opérer pleinement dans tous les domaines, c’est-à-dire les luttes anti-sous-marine, antinavire et anti-aérienne.

Le groupe aéronaval, composé du porte-avions Charles de Gaulle et de 11 autres bâtiments français dont les porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et Mistral, associera des unités alliées, des Etats-Unis (destroyer USS Ross), d’Italie (FREMM ITS Luigi Rizzo), et d’Espagne (frégate furtive SPS Blas de Lezo), contribuant ainsi au maintien d’un haut niveau d’interopérabilité.

Pour être en mesure de répondre au scénario réaliste de l’exercice, le GAN disposera d’un groupe aérien embarqué (GAé) complet à bord du porte-avions Charles de Gaulle. Il sera notamment composé de vingt rafales marine, et un Hawkeye. Le GAN bénéficiera enfin du renfort d’un avion de patrouille maritime Atlantique 2 standard 6, nouvellement doté d’un système de combat de lutte anti-sous-marine modernisé, accompagné de son homologue US le P8.

PEAN19 permet également le maintien des qualifications de l’état-major embarqué commandant le groupe aéronaval. Le contre-amiral Aussedat, commandant la force aéromaritime de réaction rapide assurera le commandement du groupe aéronaval pendant cet exercice.

LA FREMM PROVENCE AU CŒUR DE L’EXERCICE SQUALE 19

La FREMM Provence a pris part à l’exercice SQUALE 19 du 6 au 12 novembre 2019. Cet exercice majeur de lutte anti-sous-marine a réuni six unités françaises et italiennes – un sous-marin italien et un sous-marin nucléaire d’attaque

français, les frégates multi-mission françaises Provence et Auvergne, le bâtiment de commandement et de ravitaillement français Var, un ATL2 et la frégate multi-mission italienne Virginio Fasan – dans une zone d’exercice située au nord de la Sardaigne.

SQUALE 19 a été planifié et conduit en coordination avec l’exercice « Mare Aperto », exercice annuel italien majeur. Il permit, sous le contrôle conjoint des entraineurs français et italiens et grâce à des échanges de personnel, d’atteindre un haut niveau de qualification en matière de lutte anti-sous-marine des équipages, indispensable à l’interopérabilité des marines françaises et italiennes en Méditerranée. Des exercices de niveau de difficulté graduelle ont permis une montée en puissance progressive des équipages: ravitaillement à la mer sous menace, manœuvres aviation, évolutions tactiques se sont ainsi succédés tout au long de l’exercice.

Riches d’enseignements et de nouveaux savoir-faire, les différents participants ont ensuite rallié leurs zones de mission respectives.

FORCES FRANÇAISES AUX EMIRATS ARABES UNIS

  • Ø Missions de surveillance maritime et renforcement de l’interopérabilité de la FAA Jean Bart avec les Marines partenaires dans le Golfe arabo-persique

Partie de Toulon le 31 juillet dernier, la frégate anti aérienne (FAA) Jean Bart achève son déploiement opérationnel en océan Indien.

Sous le contrôle opérationnel d’ALINDIEN, le Jean Bart aura réalisé une mission de présence et de patrouille dans une zone allant du Golfe arabo-persique jusqu’au nord de la mer d’Arabie. Il aura contribué à la surveillance de l’activité maritime autour du Détroit d’Ormuz entre autres, qui revêt un caractère éminemment stratégique et contribue également à l’appréciation autonome de situation de la France dans cette région.

Egalement régulièrement engagé au profit de la Combined Task Force 150 dédiée à la lutte contre les trafics illicites, il a effectué plusieurs enquêtes de pavillon et contrôles de boutres suspects qui ont notamment permis la saisie de plus de 150 kilogrammes d’héroïne et de méthamphétamine, le 11 octobre 2019. Pour rappel, cette action avait été menée conjointement avec la frégate britannique HMS Montrose dans la mer d’Oman.

Au cours de son déploiement, la frégate Jean Bart a pris part à trois entraînements avec les Marines du Qatar, du sultanat d’Oman et des Emirats Arabes Unis (EAU). Par ce partage d’expérience et de savoir-faire, les marins français et leurs homologues dans la région approfondissent leur capacité à réagir conjointement à des atteintes à leur sécurité et développent ainsi leur interopérabilité.

La situation dans le Golfe arabo-persique et dans le détroit d’Ormuz est globalement calme. Reposant sur un équilibre fragile, elle fait actuellement l’objet d’un statu quo entre les différents acteurs de la région qui se traduit par une relative désescalade des tensions.

CHAMMAL

SITUATION MILITAIRE DU THEATRE

L’opération Chammal, volet français de l’Opération Inherent Resolve, se poursuit en dépit des évènements dans le Nord Est syrien. Les armées restent résolument engagées dans leur lutte contre l’organisation terroriste Daech.

Les avions français poursuivent leurs missions sur la zone d’opération Chammal et le volet conseil et formation des forces de sécurité irakiennes se poursuit grâce à l’action des Task Force Monsabert et Narvik à Bagdad. Cet appui contribue à la lutte contre Daech et participe à la sécurisation de l’Irak.

ACTIVITE DE LA FORCE

  • La Task Force Monsabert détruit des munitions saisies à Daesh 

Le samedi 16 novembre 2019, le personnel de l’élément opérationnel de déminage (EOD) de la Task Force Monsabert et leurs homologues de la 6e division d’infanterie irakienne ont procédé à la destruction de munitions saisies à Daesh.

A cette occasion, les experts de la TF Monsabert ont accompagné les équipes EOD irakiennes dans l’amélioration de leurs procédures de destruction. Ainsi, le personnel de l’élément opérationnel de déminage (EOD) les a conseillés dans la mise en place de la chaîne d’explosifs composée de pains de plastique et de cordo-détonant.

Cette mission, exécutée sous la forme d’un « Advise & Assist » (conseiller et assister), a permis de renforcer le lien entre les spécialistes EOD de la Task Force Monsabert et leurs homologues de la 6e division d’infanterie irakienne. L’objectif commun est de réduire la capacité de frappe de Daesh qui utilise régulièrement ce type de munitions pour armer des engins explosifs. Les forces armées irakiennes, avec l’appui de la coalition, font régulièrement des saisies de cet acabit réduisant ainsi considérablement leur capacité de nuisance.

  •  Arrivée de deux RAFALE C sur la base aérienne projetée au Levant

Le 12 novembre, pour la première fois, deux RAFALE C se sont posés sur la base aérienne projetée au Levant. Ces deux aéronefs en provenance de la base aérienne de Mont-de-Marsan sont venus relever deux RAFALE B qui assuraient des missions aériennes depuis plus de trois mois.

Dès leur arrivée, les armuriers ont commencé le transfert de l’armement et des équipements des RAFALE B vers les RAFALE C avec minutie. Les mécaniciens ont redoublé d’effort pour mettre ces aéronefs en configuration de combat sans délai afin d’assurer la continuité des capacités d’alerte de la base aérienne projetée au Levant. La France dispose ainsi en permanence d’avions équipés et prêts à décoller pour être engagés au profit de l’opération Chammal pour lutter contre Daesh.

Dorénavant, le volet « appui » est structuré autour de deux avions de chasse de type RAFALE B biplaces et deux avions de chasse de type RAFALE C monoplaces de l’armée de l’Air. Au cours des semaines à venir, deux RAFALE C viendront compléter la relève en prenant la place des deux RAFALE B en fin de mandat.

  • Ø Sorties air hebdomadaires (bilan du 13 au 19 novembre inclus)

Les aéronefs français basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis poursuivent leurs actions contre Daech, au sein de la Coalition. Cette semaine, les Rafale et l’Atlantique 2 engagés dans l’opération Chammal ont réalisé 24 sorties aériennes.