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Comme chaque semaine, l’État-major des Armées fait le point sur ses différentes opérations à travers la planète. Voici donc le point sur les opérations françaises entre le 18 et le 24 octobre 2019.

CHAMMAL

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

L’opération Chammal, volet français de l’Opération Inherent Resolve, se poursuit en dépit des évènements dans le Nord Est syrien. Les armées restent résolument engagées dans leur lutte contre l’organisation terroriste Daech.

Les avions français poursuivent leurs missions de vol sur la zone d’opération Chammal (les Rafale et l’Atlantique 2 ont réalisé 18 sorties aériennes la semaine dernière). Surtout, le volet conseil et formation des forces de sécurité irakiennes se poursuit grâce à l’action des Task Force Monsabert et Narvik à Bagdad. Cet appui contribue à la lutte contre Daech et participe à la sécurisation de l’Irak

400e mission pour l’Atlantique 2 au Levant

Début octobre, l’avion de patrouille maritime Atlantique 2 a réalisé sa 400ème mission depuis la base aérienne projetée au Levant, dans le cadre de l’opération Chammal. Cet aéronef a également franchi le cap des 3000 heures de vol effectuées sur ce même théâtre.

L’Atlantique 2, détourné de sa mission originelle de lutte anti sous-marine pour l’opération Chammal, a fait l’objet d’adaptations pour répondre aux besoins opérationnels. Il dispose de postes d’observations dédiés, de capteurs imagerie performants et de systèmes électroniques de pointe qui permettent de recueillir du renseignement ciblé et nécessaire à la conduite des opérations.

Sa soute modulaire s’est aussi adaptée aux besoins de ce théâtre, en pouvant désormais embarquer plusieurs bombes guidées laser. Son équipage a la capacité de neutraliser un ennemi quelques minutes après sa détection initiale, après validation par la chaine de commandement, lorsque la situation l’exige.

Réactif, l’Atlantique 2 est en permanence connecté avec les plus hautes autorités grâce à sa liaison satellitaire et peut ainsi répondre à des besoins de renseignement en temps réel.

Cet anniversaire est l’occasion de rappeler le panel des missions de cet aéronef qui contribue régulièrement à l’opération de la coalition Inherent Resolve, dans laquelle il joue un rôle essentiel en constituant des dossiers images, réalisant des interceptions électromagnétiques et conduisant des frappes, en autonome ou en coopération avec d’autres appareils de la coalition (aviation de chasse ou drone).

ACTIVITÉ DE LA FORCE

Sorties air hebdomadaires (bilan du 16 au 22 octobre inclus)

Les aéronefs français basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis poursuivent leurs actions contre Daech, au sein de la Coalition sur l’ensemble de la zone d’opération. Cette semaine, les Rafale et l’Atlantique 2 engagés dans l’opération Chammal ont réalisé 22 sorties aériennes.

FORCES ARMÉES EN POLYNÉSIE FRANÇAISE

EXERCICE MARARA

Du 7 au 25 octobre 2019, les forces armées en Polynésie française (FAPF) participent à l’exercice interarmées et multinational MARARA. L’objectif de cet exercice est de s’entraîner à intervenir en cas de catastrophes climatiques.

L’édition 2019 de l’exercice MARARA mobilise 900 militaires issus des trois composantes – terrestre, maritime et aérienne – ainsi que des contingents étrangers de la zone pacifique et des observateurs (Australie, Canada, Chili, Cook, Fidji, Japon, Kiribati, Nouvelle-Zélande, Pérou, Tonga, USA, Vanuatu).

Les catastrophes climatiques étant l’un des principaux risques pour le territoire, l’exercice simule l’arrivée d’un cyclone de forte intensité sur la partie nord de l’archipel des Tuamotu et plus précisément sur l’atoll de Rangiroa, situé à 450 kilomètres de Tahiti. Ce scénario tient compte des retours d’expériences de l’ouragan Irma dans les Antilles. Il doit permettre d’intervenir à la fois au profit de la population locale et d’être en mesure de projeter une force vers un Etat lié par des accords bilatéraux, suite au passage d’un cyclone sur son territoire.

Les objectifs sont multiples: mettre en œuvre et tester l’ensemble des armées, directions et services dans le cadre d’une opération de secours aux populations à la suite d’une catastrophe climatique et sur demande de concours des autorités civiles, accueillir et redéployer des renforts régionaux (notamment des Forces armées en Nouvelle-Calédonie – FANC), éprouver la capacité à commander un dispositif de secours projeté et se préparer à s’insérer dans un dispositif multinational.

FORCES ARMÉES EN GUYANE

OPÉRATION DE POLICE DES PÊCHES

Du 4 au 18 octobre 2019, les forces armées en Guyane (FAG) sous la direction du préfet de la région Guyane, délégué du gouvernement pour l’action de l’Etat en mer, ont participé à une opération majeure de police des pêches.

L’opération a eu lieu au large de la Guyane, dans les eaux sous souveraineté française. Tous les moyens maritimes et aériens des FAG appuyés par un hélicoptère Fennec, étaient déployés ainsi que les services de l’Etat dont le concours était indispensable pour assurer un véritable continuum mer-terre.

Elle a permis à la force maritime constituée des patrouilleurs Antilles-Guyane La Confiance et La Résolue, des vedettes côtières de surveillance maritime Mahury et Organabo et de l’embarcation relève-filets La Caouanne, appuyée par un Fennec de la base aérienne 367, de conduire de nombreux contrôles sur des navires de pêche illégale, non déclarée, non réglementée (INN), tant sur la façade Ouest qu’Est des eaux guyanaises.

Cette opération s’est traduite par le déroutement, prononcé par la direction de la mer de Guyane, de quatre embarcations brésiliennes, dont deux « tapouilles mères », en action de pêche illégale, la reconduite à la frontière de 22 pêcheurs INN, mais aussi le placement en garde à vue de douze marins brésiliens s’étant violemment opposés aux contrôles.

L’opération a également abouti à la saisie de 30 kilomètres de filets, plusieurs tonnes de poisson et 115 kg de vessies natatoires fraîches (obtenues à partir de plus de 3 tonnes de poisson). Les deux premiers navires déroutés avaient déjà fait l’objet d’une ordonnance judiciaire de destruction et cinq des marins les plus violents ont été condamnés à 18 mois de prison ferme par le tribunal de grande instance de Cayenne.

Ces résultats particulièrement significatifs sont le fruit d’une étroite collaboration inter-administrations. Ils attestent de la détermination de la France à faire respecter sa souveraineté dans ses eaux et à préserver la ressource halieutique, véritable richesse bleue de la Guyane, dont l’exploitation raisonnée passe par le développement harmonieux de la filière pêche guyanaise.

ZONE MARITIME : MANCHE – MER DU NORD

GRIFFIN STRIKE 2019 : LIVEX

Du 1er au 18 octobre 2019, l’exercice franco-britannique Griffin Strike 2019, s’est tenu au large de l’Ecosse. Quatorze bâtiments de surface, trois sous-marins, une quinzaine d’aéronefs ainsi qu’une centaine de troupes terrestres de la Marine nationale, de l’armée de Terre, de la Royal Navy et de la Royal Air Force ont pris part à cet exercice majeur de coopération bilatérale. Après quinze jours d’exercice, la composante maritime (Maritime Command Component – MCC) de la Force expéditionnaire conjointe interarmées (Combined Joint Expeditionnary Force – CJEF) a prouvé sa capacité à opérer dans tous les domaines de lutte en interopérabilité, ouvrant ainsi la voie à la certification, en 2020, de la pleine capacité opérationnelle de la CJEF.

Le 1er octobre dernier, une soixantaine de marins britanniques embarquaient à bord du porte-hélicoptère amphibie (PHA) Tonnerre, aux côtés de quarante de leurs homologues français. Tous sont venus constituer la MCC de la CJEF pour l’exercice. Près de dix ans après la signature des accords de Lancaster House qui unissaient la France et le Royaume-Uni dans le domaine de la coopération militaire, cet exercice, dans la lignée de Flandres (2011), Corsican Lion (2012), Joint Warrior 13.2/Capable Eagle (2013), Rochambeau (2014), Griffin Strike (2016) marque une étape décisive dans le processus interarmées.

Pendant plus de quinze jours, les 2000 marins français et britanniques formant le MCC ont dû apporter des solutions concrètes aux autorités dans tous les domaines de lutte, selon un scénario réaliste. Ainsi, une Task Force (TF315), disposant de capacités françaises et britanniques complémentaires s’est mise en ordre de bataille, opérant sur de nombreux exercices tels que des luttes antisurface, anti-sous-marine ou anti-aérienne. Les bâtiments et unités constituant la TF315 ont pu mesurer leur capacité à assurer leur mission en coopération.

L’enjeu de Griffin Strike 2019 résidait dans la capacité de l’ensemble des acteurs de l’exercice à travailler en interopérabilité, tout en offrant des réponses communes adéquates aux échelons stratégiques de la composante maritime. Les défis, à la fois humains et techniques, revêtaient cette année une dimension encore supérieure. La totale complémentarité des moyens et des hommes a permis d’atteindre dans l’exercice un niveau inédit. Cette capacité à conduire des actions décisives depuis la mer, grâce à la combinaison de moyens français et britanniques, permettra à la CJEF de disposer d’un outil adapté aux menaces, dans le contexte stratégique actuel.

BARKHANE

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

Dans une logique d’approche zonale en Bande Sahélo-Saharienne, La force Barkhane poursuit son effort dans la région du Liptako-Gourma – grande comme un quart du territoire métropolitain français – en appuyant les forces partenaires par le biais d’opérations conjointes et en agissant au profit de la population.

ACTIVITÉ DE LA FORCE

Cette semaine Barkhane et ses partenaires ont poursuivi leur effort de lutte contre les groupes armés terroristes dans le Liptako-Gourma.

Opération contre les groupes armés terroristes dans le Liptako malien

Du 15 au 23 octobre, les commandos de la force Barkhane ont été engagés dans une opération dans le Liptako malien pour mener une patrouille d’action et de recherche dans la profondeur, en complément de l’action d’un sous-groupement tactique opérant également dans la région, aux côtés des soldats maliens.

En fin de saisons des pluies, l’objectif de cette opération était de marquer la présence de Barkhane dans la région et de maintenir la pression sur les groupes armés terroristes (GAT), notamment l’EIGS, dans ses zones refuges et difficiles d’accès, pour en réduire le potentiel.

Au cours de cette opération, le jeudi 17 octobre, alors qu’elle était observée par un groupe de combattants GAT appartenant à l’EIGS, une colonne de la force Barkhane a manœuvré, adaptant sa progression en fonction des renseignements, avant d’être prise à partie.

Progressant à travers plusieurs positions ennemies successivement décelées, avec l’appui de patrouilles alternativement composées d’hélicoptères Tigre et de Mirage 2000, les commandos sont parvenus à surprendre et à déstructurer le groupe armé terroriste présent sur la zone d’action. Au final, un groupe de combat terroriste complet composé de 8 combattants a été neutralisé et de nombreuses ressources dont 7 motos et des armes ont été saisies.

L’origine de ce succès repose sur la capacité de manœuvre de la force Barkhane, son aptitude à exploiter les moyens mis à disposition et enfin sur son endurance sur le terrain.

Cette opération démontre surtout la capacité et la volonté de la force Barkhane d’opérer dans les zones reculées, pour améliorer la situation sécuritaire du Mali, au profit des populations. L’affaiblissement des groupes armés terroristes reste une mission principale de la force Barkhane, qui va de pair avec l’accompagnement de la montée en puissance des armées des pays du G5 Sahel afin qu’elles acquièrent, à terme, la capacité d’assurer leur sécurité de façon autonome, ainsi que celles de leurs populations.

Appui aux soldats maliens de la force conjointe du G5 à Boulikessi

Du 15 au 18 octobre, la force Barkhane a conduit l’opération NAFA qui consistait à appuyer les FAMa de la force conjointe du G5 Sahel dans le renforcement des défenses du camp de Boulikessi et conforter le dispositif de réaction en cas d’attaque. Il s’agissait de créer les conditions devant permettre aux soldats maliens d’assurer la défense de cette emprise.

Une cinquantaine de soldats français ont été héliportés sur le site avec du matériel spécifique destiné à renforcer la protection et la défense du site (PRODEF) : des postes de combat ont été aménagés, la défense passive du camp a été valorisée.

Au cours de cette opération, les militaires maliens ont également été instruits sur certaines procédures propres à la défense de poste.

Au cours de cette opération, le bataillon de forces spéciales maliennes (BAFS) a pris à partie un groupe armé terroriste le 16 octobre, alors qu’il effectuait une patrouille au large de l’emprise. Au cours de cet accrochage, les soldats du BAFS ont mis hors de combat plusieurs terroristes, sans que la force Barkhane n’ait besoin d’intervenir.

Sorties air hebdomadaires (bilan du 16 au 22 octobre inclus)

Les avions de la force Barkhane ont réalisé 91 sorties, parmi lesquelles 29 sorties de chasse, 19 sorties de ravitaillement/ISR et 43 missions de transport.