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Comme (presque) chaque semaine, l’État-major des Armées fait le point sur ses différentes opérations à travers la planète. Voici donc le point sur les opérations françaises entre le 5 et le 9 juillet 2019.

TERRITOIRE NATIONAL

MOBILISATION DES ARMÉES SUR LE TERRITOIRE NATIONAL

La mobilisation des armées sur le territoire national s’adapte en cette période estivale afin d’assurer et de renforcer la protection des français.

C’est le cas pour l’opération Sentinelle, opération militaire de lutte contre le terrorisme, menée aux côtés des forces de sécurité intérieure. Son dispositif s’adapte dans un souci d’efficacité et dans le respect du contrat protection fixé aux armées, à la suite d’un processus de concertation et de planification interministérielle.

Ainsi, depuis le 1er juillet, dans le cadre du renforcement estival, 25 sections de l’échelon de renforcement, soit environ 700 hommes, ont été déployées en complément en France, au plus près des Français, là où la situation l’exige notamment le long du littoral.

En parallèle, comme chaque année, les armées sont mobilisées pour lutter contre les feux de forêt dans le cadre de l’opération «Hephaïstos». L’armée de terre et l’armée de l’air participent à cette opération intérieure au travers d’actions de prévention et de lutte contre les feux de forêt, en appui de la direction générale de la sécurité et de la gestion de crise. Elles interviennent en étroite coordination avec les unités militaires de la sécurité civile, les sapeurs-pompiers et l’office national des forêts. Cet engagement conjoint des moyens des différents ministères est réalisé au profit de la protection de la population et pour la sauvegarde du territoire.

En cet été 2019, le dispositif de l’opération Héphaïstos est composé de 51 militaires, 3 hélicoptères et une quinzaine de véhicules. Ces moyens sont mis à disposition du préfet chargé de la protection de la forêt méditerranéenne du 21 juin au 19 septembre.

CTF 473 – MISSION «CLEMENCEAU»

FIN DE MISSION POUR LE GROUPE AERONAVAL

Le 7 juillet 2019, le porte-avions Charles de Gaulle a retrouvé la base navale de Toulon. Cet accostage marque la fin de la mission «Clemenceau». Ce déploiement a débuté le 5 mars, et les aura menés de la Méditerranée à Singapour, et à participer à la lutte contre Daech dans le cadre de l’opération Chammal. Déployé pendant un mois en Méditerranée orientale, le groupe aéronaval aura participé aux dernières opérations ayant mené à la chute de Baghouz, dernier bastion de Daech.

Par ailleurs, après 29 interactions menées avec 18 pays, de la Mer Méditerranée à l’Asie-Pacifique, le Groupe aéronaval a démontré le haut niveau de coopération et de confiance atteint avec les marines alliées, ainsi que la volonté d’entretenir les capacités à s’engager conjointement dans des zones d’intérêt partagé.

Les principales interactions ont été l’exercice bilatéral avec le Carrier Strike Group du porte-avions américain USS Stennis en mer Rouge, l’exercice Varuna en mai 2019, en coopération avec le groupe aéronaval indien constitué autour du porte-avions Vikramaditya, ainsi que la série exercices bilatéraux et multilatéraux «La Pérouse» avec le Japon, l’Australie et les États-Unis, dans le golfe de Bengale.

La présence du porte-avions et de deux de ses escorteurs à Singapour, à l’occasion du Shangri-La Dialogue en présence de Madame la ministre des Armées Florence Parly, a permis d’appuyer la stratégie française dans la zone indopacifique.

Enfin, au cours de sa mission, le groupe aéronaval a également intégré 7 navires de 6 nationalités différentes (autres que française), et a démontré sa qualité d’agrégateur des marines européennes et de catalyseur en matière de coopération navale internationale.

CHAMMAL

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

L’opération Chammal, volet français de l’Opération Inherent Resolve (OIR), poursuit sa mission de lutte contre Daech et continue à appuyer, en Syrie, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), et en Irak les Forces de Sécurité Irakiennes (FSI).

En Irak, dans le Nord Est syrien et dans la Moyenne Vallée de l’Euphrate, la situation sécuritaire est stable. Les FSI comme les FDS y poursuivent leurs différentes opérations de ratissage et de sécurisation contre les cellules clandestines de Daech.

ACTIVITÉ DE LA FORCE

La France poursuit son engagement au sein du pilier appui de la coalition à travers la poursuite des opérations aériennes, et au sein du pilier «formation» au profit de l’armée irakienne.

  • Sorties air hebdomadaires [bilan du 26 juin au 7 juillet inclus]

Les aéronefs français basés en Jordanie et aux Émirats arabes unis poursuivent leurs actions contre Daech, au sein de la coalition.

Cette semaine, les aéronefs de l’opération Chammal ont réalisé 22 sorties aériennes.

RCA

PRISE DE COMMANDEMENT DE L’EUTM RCA

Hier, lundi 08 juillet, le général de brigade Peltier a succédé au général de Division MAIO (Portugal) à la tête de la mission de formation de l’Union Européenne en Ré­publique Centrafricaine (EUTM-RCA), à l’occasion d’une cérémonie sur le camp d’Ucatex – Moana

Cette cérémonie était présidée par le général de division italien Giovanni MANIONE, directeur général adjoint de l’État-major militaire de l’Union Européenne, en présence de M. le Président de la République, Faustin-Archange TOUADERA, de la ministre de la Défense Nationale et de la Reconstruction d’Armée centrafricaine, Mme Marie-Noëlle KOYARA, du ministre portugais de la Défense, Mr João Gomes CRAVINHO et de la ministre française des Armées, Mme Florence PARLY.

Cette mission a été lancée le 16 juillet 2016 à la demande du gouvernement centrafri­cain pour une durée de deux ans. Le 30 juillet 2018, le conseil européen a renouvelé le mandat de l’EUTM-RCA jusqu’au 19 septembre 2020.

Le nouveau mandat permet de soutenir les autorités centrafricaines dans la préparation et la mise en œuvre de la réforme du secteur de la défense, en coordination avec la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en Centrafrique (MINUSCA). La mission est engagée dans trois domaines: conseil stratégique, entrainement opérationnel et for­mation.

L’objectif est d’appuyer les Forces Armées Centrafric­aines dans la gestion de son institution et de favoriser leur remontée en puissance et leur autonomie pour permettre leur déploiement progressif sur le territoire national.

La ministre des Armées, madame Florence Parly, en a rappelé les statistiques: «depuis 2016, près de 2 600 hommes ont été formés par nos soldats européens, les 1400 soldats centrafricains actuellement déployés aux quatre coins du pays sont issus de l’EUTM et plus de 1000 nouvelles recrues à Bouar sont en passe d’être formées sous le commandement du général Peltier – qui bénéficie de toute notre confiance dans cette tâche fondamentale et si nécessaire à la sécurité du pays».

Sur les 187 personnes qui composent la mission, 90 sont désormais des militaires français. C’est la seconde fois que la France prend le commandement de la mission EUTM depuis son lancement en Juillet 2016.

BARKHANE

SITUATION MILITAIRE DU THÉÂTRE

  • Situation du théâtre

La force Barkhane poursuit son effort dans la région du Liptako-Gourma, d’une superficie équivalant à un quart du territoire métropolitain français, par le biais d’opérations, d’actions au profit de la population, et en appuyant les forces partenaires.

  • Opération conjointe de Barkhane et des Forces armées maliennes dans le Gourma

Du 27 juin au 5 juillet, le Groupement Tactique Désert n°1 (GTD-1) «Belleface» et les Forces Armées Maliennes (FAMa) ont mené une opération militaire conjointe dans le Gourma. Cette opération avait pour objectif de réaffirmer l’autorité de l’Etat malien dans la zone de N’Daki et ses environs. Il s’agissait notamment pour les FAMa d’aller à la rencontre des populations et d’assurer à ces dernières la volonté de l’Etat à garantir leur sécurité. En parallèle, une aide médicale à la population ainsi qu’une instruction sur les dangers des mines (instruction contre-IED) ont été organisées.

Cette opération a également permis de perturber les groupes terroristes et d’affecter leur potentiel offensif et logistique. Du matériel a été saisi, notamment des motos, des armes et des munitions, du carburant.

  • Sorties air hebdomadaires [bilan du 26 juin au 07 juillet inclus]

Les avions de la force Barkhane ont réalisé 154 sorties, parmi lesquelles 66 sorties de chasse, 39 sorties de ravitaillement/ISR, et 49 missions de transport. 97 sorties avaient été réalisées du 19 au 25 juin inclus.

INAUGURATION DE LA BASE OPERATIONNELLE AVANCEE TEMPORAIRE DE GOSSI

Le 26 juin 2019, la base opérationnelle avancée temporaire (BOAT) de Gossi, dans le Gourma, a été officiellement inaugurée par le général Frédéric Blachon, commandant la force Barkhane.

Après plusieurs mois de travaux et d’installation, la nouvelle base militaire française de Gossi a été inaugurée le 26 juin 2019 par le général commandant la force Barkhane,

Cette inauguration marque une étape majeure dans la réalisation d’un projet s’étendant sur plusieurs mois. Jusqu’en 2018, cette plateforme située au Nord de Gossi était occupée par un détachement de la MINUSMA. Depuis janvier dernier, les soldats français se sont installés dans cette base essentielle au déploiement de Barkhane au Gourma. Si les murs d’enceinte étaient déjà en place, en revanche d’importants travaux ont dû être menés par les sapeurs de Barkhane en un temps très bref pour rendre le camp fonctionnel.

Cette opération d’aménagement a pour objectif de permettre à la nouvelle BOAT d’accueillir plus de 300 militaires afin de marquer l’implantation durable de la force Barkhane dans cette zone et ainsi l’extension de la lutte contre les GAT du Liptako vers le Gourma.

Cette montée en puissance de la BOAT de Gossi est concomitante avec la mise en sommeil de la base de Madama (Niger), qui entre dans le cadre de la concentration des efforts dans le Liptako Gourma. Il s’agit d’une mise en sommeil, et non d’une fermeture, ce qui permet de conserver une capacité de remontée en puissance et d’intervention si nécessaire. Les autorités nigériennes ont été dûment informées.

POINT DE SITUATION DANS LE LIPTAKO-GOURMA

Barkhane développe au Sahel une stratégie zonale de résolution de crise. Elle s’appuie sur les capacités de ses partenaires en bande sahélo-saharienne pour concentrer son effort dans la région du Liptako-Gourma.

Dans cette région, Barkhane inscrit son action dans une approche globale et agit en étroite collaboration avec les acteurs politiques, diplomatiques et économiques du Sahel, et notamment les acteurs français et régionaux de l’aide au développement. La pauvreté, le manque d’éducation, les inégalités, ainsi que la dégradation de l’environnement sécuritaire sont des facteurs favorisant l’émergence et l’ancrage du terrorisme, et Barkhane s’emploie à entraver ce cercle vicieux au quotidien, avec ses partenaires.

L’effort dans le Liptako a débuté au Mali en novembre 2017. S’il reste du chemin à parcourir, l’action de Barkhane et des partenaires a permis le retour et la progression des organes dédiés à ma sécurité, tendance qui s’affirme en 2019, en particulier dans la région de Menaka.

Les forces armées maliennes (FAMa), qui n’étaient pas présentes dans cette région début 2017, disposent à présent dans le Liptako de trois emprises, établies avec l’appui de Barkhane: In Deliman, Menaka, et Anderamboukane.

La présence de ces emprises a facilité leur participation à plusieurs opérations aux côtés de Barkhane dans la région, et de travailler à Menaka avec les forces de sécurité locales, notamment par le biais du Poste de Commandement de Coordination et de Sécurité (PCCS), créé début 2019, qui est un organe de pilotage et de coordination qui permet de coordonner les actions de sécurisation de la ville selon trois axes: renseignement, formation et opération.

L’effort ne se limite pas au domaine strictement sécuritaire, car Barkhane contribue, à son niveau, à rétablir et consolider les conditions de sécurité nécessaires à l’action des acteurs de développement et de gouvernance.

La baisse du niveau de la menace terroriste a permis le retour de l’administration dans le Liptako, avec, par exemple, l’arrivée d’un gouverneur. Elle a également permis d’améliorer les conditions de vie de la population, en favorisant l’accès aux services élémentaires par le biais des actions civilo-militaires (CIMIC). Il s’agit de reconstruction d’écoles, de remise en fonction de puits, de projets d’irrigations, de maraîchage. Dans le Liptako, outre l’aide médicale à la population, l’effort porte particulièrement sur le domaine du maraîchage, de l’accès à l’eau et à l’énergie, et notamment sur la fourniture d’électricité à Menaka. Sept projets significatifs ont été conduits depuis le début de l’année 2019 dans le Liptako, en complément des 19 actions importantes menées en 2018.

Ces actions CIMIC s’inscrivent dans une dynamique globale ayant pour objectif de consolider durablement les gains de la sécurisation du territoire. Elles sont complémentaires des solutions mises en œuvre par les acteurs français et régionaux du développement, avec lesquels Barkhane dialogue régulièrement et agit en étroite coopération. Ainsi, la mission pour la stabilisation du centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère de l’Europe et des affaires étrangères (MEAE) a déployé un expert à Ménaka auprès de Barkhane en mars 2019. Barkhane appuiera la mission de stabilisation pour ses deux projets majeurs : la réhabilitation de la centrale électrique et la mise en place de sa maintenance d’une part, et le renforcement capacitaire du commissariat d’autre part, avec l’achat de véhicules, de motos, l’amélioration des infrastructures, etc…

Les gains sécuritaires créent également les conditions de la reprise économique. Il s’agit, en particulier de favoriser la liberté de circulation en sécurisant les principaux axes logistiques.

Les résultats obtenus dans le Liptako, ont permis d’étendre l’effort au Gourma, début 2019. Barkhane instaure la même dynamique dans cette région, tout en restant présente dans le Liptako pour garder un niveau de sécurité compatible avec le développement, et donner aux forces partenaires le temps nécessaire pour monter en puissance et prendre le relais de Barkhane. La situation initiale diffère toutefois, car les FAMa y sont déjà présentes, le long de la RN16 notamment.

Dans le Gourma, Barkhane dispose désormais de la base opérationnelle avancée temporaire de Gossi, comme évoqué précédemment, qui atteindra sa pleine capacité à la fin de l’été 2019, et qui a déjà servi de point de départ pour plusieurs opérations d’ampleur. Elle sert de point de départ également pour les actions civilo-militaires, qui ont déjà réalisé 6 projets depuis le début de 2019, dans les domaines de l’accès à l’eau, l’aide à l’agriculture, l’accès à l’éducation et les infrastructures.

Ainsi, sur le terrain des opérations, Barkhane poursuit son effort contre les groupes armés terroristes qui agissent dans cette région, notamment l’EIGS, Ansarul Islam et le RVIM. Dans ce domaine, Barkhane agit aux côtés des forces partenaires et récolte le fruit du partenariat militaire opérationnel, qui s’est accéléré depuis le début de l’année 2019. Près de 750 militaires maliens ont été formés en 2019, dont plus de 300 dans le Gourma. A Dori, une compagnie de soldats burkinabè a été formée en avril 2019 au sein du Centre de Préparation à l’Engagement Opérationnel (CPEO), au cours d’un stage appelé DIDASKO, avant d’opérer avec Barkhane dans le Gourma.

Barkhane et les forces partenaires ont ainsi porté des coups sévères aux groupes armés terroristes. L’extension de la zone d’action de Barkhane a contribué à l’efficacité des opérations.