De la nécessité de l’aguerrissement

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[Armée de terre]
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Malgré l’apport des avancées technologiques, l’éventualité de combat de haute intensité implique de replacer l’Homme au cœur du système d’armes. Pour que le combattant puisse continuer sa mission en situation dégradée, l’aguerrissement reste un des fondements de la préparation opérationnelle.

«L’esprit guerrier combine la capacité à agir dans les milieux difficiles, l’utilisation de la haute technologie et les traditions». Cette citation du général d’armée Jean-Pierre Bosser rappelle la nécessité de se préparer aux engagements du futur.

L’arrivée du programme Scorpion constitue, pour l’armée de Terre, une opportunité pour rappeler le rôle central du combattant, dont l’ADN est forgé selon trois axes: les traditions pour maintenir la cohésion lors des engagements ; la technologie, incontournable pour l’appropriation d’un programme novateur ; l’aguerrissement enfin, pour être en mesure de mener, dans le temps long, des combats de haute intensité. Ce dernier point reste un des fondements de la constitution du soldat.

«Il y a des constantes dans l’entraînement militaire,affirme le colonel Rémy du bureau emploi de l’état-major de l’armée de Terre. Les soldats romains, les grognards napoléoniens ou nos militaires d’aujourd’hui ont tous vécu des avancées techniques ou technologiques importantes. Mais l’entraînement spécifique, la capacité à durer sur le terrain, l’endurcissement, la force morale demeurent les fondamentaux de la réussite de la mission.»

La formation aux techniques commandos est l’un des outils au service de l’aguerrissement: elle répond directement à ces exigences. «Un stage de type commando est par principe un saut dans l’inconnu, poursuit le colonel Rémy. Ne pas connaître le programme, avoir un encadrement différent ou arpenter une piste d’audace met le combattant en situation d’inconfort. Ce dépassement physique et moral forge sa capacité de résilience, quelle que soit son arme d’appartenance. En cela l’esprit guerrier doit s’appliquer à toute l’armée de Terre.»

Au cœur de la prépa ops

Aujourd’hui l’entraînement aux techniques commandos n’est plus le domaine réservé de certaines unités. 

La directive d’aguerrissement des forces terrestres (Daguer FT) signée il y a quelques semaines fixe des objectifs concrets pour tous les niveaux de commandement du groupe de combat jusqu’aux plus hauts échelons de décision. Basée sur trois socles: combattant, métier, commando, elle s’adresse au plus grand nombre tout en portant une attention particulière aux postes de commandement tactiques, aux sections et à leur encadrement direct. Pour mettre en œuvre cette politique, l’effort se porte directement sur la formation de cadres qualifiés au sein même des régiments. 

Replacer l’unité dans l’organisation de son aguerrissement est l’objectif d’aujourd’hui pour préparer les combats de demain.

«Nous allons remettre le cadre au cœur de l’aguerrissement, affirme le lieutenant-colonel Jean-Charles du bureau entraînement du commandement de l’entraînement et des écoles du combat interarmes. En augmentant le volume de personnel qualifié, nous donnons la possibilité aux régiments de mener leurs propres actions de formation. L’instruction aux techniques commandos est réalisable dans des espaces souvent accessibles sur la garnison (lac, rivière, forêt, site d’escalade, etc.). Mais nous allons aussi intensifier la réalisation d’installations de préparation opérationnelle dans les unités. Parallèlement, la création des centres d’initiation commando et des espaces d’entraînement au combat des brigades offrira aux unités la possibilité de se consacrer pendant plusieurs semaines à des instructions spécifiques, notamment sur des parcours commando ou des pistes nautiques.»

Répondre aux exigences

En détaillant 30 actions concrètes à mener au cours de ces trois prochaines années, la Daguer FT met en ordre de bataille l’ensemble des unités. Elle donne à chacun les moyens de conduire une politique d’aguerrissement apte à répondre aux exigences opérationnelles.

«L’esprit guerrier nous prépare à une ‘montée en gamme’ des affrontements de demain,affirme le lieutenant-colonel Lucien de la section préparation opérationnelle interarmes du commandement des forces terrestres. Se dépasser en situation d’inconfort, réagir à des situations imprévues, prendre l’ascendant moral sur l’adversaire sont autant d’objectifs auxquels répond l’entraînement à l’aguerrissement. À nous tous de le mettre en œuvre.»