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L’Office National d’Études et de Recherches Aérospatiales (ONERA) planche actuellement sur une arme laser capable de désactiver un satellite à distance, rapporte le magazine Challenges.

L’ONERA, qui a un budget annuel de 228 millions d’euros, est placé directement sous la tutelle du Ministère des Armées.

Depuis une dizaine d’années on constate une «arsenalisation de l’espace» en provenance des actions de pays comme la Chine, la Russie et les États-Unis.

Il faut dire que l’espace orbital est désormais l’objet de toutes les attentions alors que des satellites «butineurs» viennent espionner leurs congénères, des missiles antisatellites sont testés par Pékin et Washington, et des satellites à bras articulés capables de désorbiter des objets spatiaux font également l’objet d’essais.

Sur son site internet, l’ONERA précise que cette évolution des perceptions de la militarisation et l’arsenalisation de l’espace est corroborée par divers événements, tels la tentative d’espionnage, en 2017 par un satellite russe, du satellite Athena-Fidus, assurant une partie des communications militaires françaises, ou la récente destruction d’un satellite par un missile balistique indien.

En septembre 2018, la ministre des Armées Florence Parly était claire sur le fait que «nous ne sommes pas protégés contre ces menaces. Non, l’espionnage et les actes offensifs, ça n’arrive pas qu’aux autres. Oui, nous sommes en danger, nos communications, nos manœuvres militaires comme nos quotidiens sont en danger si nous ne réagissons pas».

L’ONERA bénéficie d’une expérience significative des armes antisatellites à énergie dirigée, en particulier celles utilisant des lasers.

Dans le sillage de l’initiative de défense stratégique, dans les années 1990, des essais grandeur nature de neutralisation de satellites en fin contractuelle de vie opérationnelle, ont ainsi été menés.

En 1992, le centre de recherche du ministère des Armées a ainsi réussi un essai d’éblouissement par un laser ionique sur un satellite Spot en fin de vie. De précieuses données ont alors été recueillies, notamment sur les niveaux d’énergie nécessaires. Dans ce domaine encore, le bagage de l’optique adaptative (une expertise de l’ONERA) pourrait être mobilisé.

«Nous travaillons sur une technologie dite d’optique adaptative», explique Franck Lefèvre, directeur de l’activité défense de l’ONERA, à Challenges. «L’effet recherché n’est pas de détruire l’objet, mais de l’empêcher d’effectuer sa mission. En concentrant l’énergie sur la cible, on pourrait endommager les panneaux solaires d’un satellite ennemi, ou pénétrer par ses fenêtres optiques et l’éblouir», précise encore M. Lefèvre.

En développant un système laser, l’ONERA assure être en mesure de rendre un satellite inopérant de façon durable, sans pour autant créer de débris.

La France doit lancer en 2020 trois satellites d’écoute électromagnétique CERES pour la détection des centres de commandements et des flottes ennemies, suivis en 2022 par les deux premiers satellites de télécommunication Syracuse 4.

Le président de la République, Emmanuel Macron, doit également d’ici quelques semaines livrés un discours sur la nouvelle stratégie spatiale de la France et répondre notamment à la question si le pays va changer sa doctrine concernant l’espace.