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Trois journalistes français sont convoqués le 14 mai prochain par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), dans le cadre d’une enquête du parquet de Paris pour «atteintes au secret de la défense nationale».

Deux de ces journalistes, Mathias Destal et Geoffrey Livolsi, sont des co-fondateurs du média d’investigation Disclose, qui a publié la semaine dernière une note classée «confidentiel défense» de la Direction du renseignement militaire sur l’utilisation d’armes françaises dans la guerre du Yémen. Le troisième est Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France, qui a publié l’enquête de Disclose avec quatre autres partenaires en France et à l’étranger.

Cette enquête a débutée le 13 décembre 2018, suite à une plainte du ministère des Armées. Les investigations ont été confiées à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et visent une compromission impliquant une personne dépositaire et par un tiers.

La note en question est un rapport d’une quinzaine de pages révélé le 15 avril par Disclose qui dit l’avoir reçu en octobre 2018.

Rédigé le 25 septembre 2018 par la direction du renseignement militaire (DRM), ce rapport a été remis au président de la République lors d’un conseil restreint de défense, à l’Élysée, le 3 octobre 2018.

Intitulé «Yémen: situation sécuritaire», le rapport fait la liste et cartographie pour la première fois une partie des armes vendues par la France et utilisées dans le conflit au Yémen, prouve que des centaines de milliers de civils vivent sous la menace d’armes «made in France» et livre des informations permettant de démontrer que cet armement pourrait être impliqué dans des crimes de guerre.

Jusqu’ici, la ligne invariablement avancée par Paris est que ces armements ne sont utilisés que de manière défensive «et pas sur la ligne de front», dans cette guerre qui a fait au moins 10.000 morts.

Des chars Leclerc français appartenant à la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite interviennent au Yémen. (Saleh al-Obeidi/AFP)

S’appuyant sur cette note, Disclose, qui a révélé ces informations en partenariat avec Arte info, la cellule investigation de Radio France, Konbini, Mediapart et The Intercept, affirme au contraire que des chars Leclerc participent aux offensives.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, les rédactions de ces différents médias affirment que ces «documents confidentiels […] présentent un intérêt public majeur. Celui de porter à la connaissance des citoyens et de leurs représentants ce que le gouvernement a voulu dissimuler».

Au moins trois journalistes ayant participé à cette enquête sont donc convoqués mi-mai en vue d’une audition libre dans les locaux de la DGSI. «Cette procédure contre des journalistes n’a d’autres objectifs que de connaître leurs sources», dénoncent encore les rédactions, qui rappellent que «cette convocation de la DGSI donne toute latitude éventuelle pour rechercher l’auteur principal du délit dont nous serions le receleur : les personnes ayant permis la divulgation d’informations d’intérêt public».

Les journalistes sont considérés comme pénalement responsables… d’avoir fait leur métier, et ce, malgré l’importance des informations révélées!